La transposition prochaine en droit français d’une directive européenne sur la transparence des salaires doit nous pousser à réfléchir sur l’équité salariale. Cette question qui concerne en premier chef les entreprises privées s’adresse à toute la société.

La directive européenne sur la transparence salariale adoptée le 10 mai 2023 doit être obligatoirement transposée dans le droit français avant le 7 juin 2026. Elle vise principalement à améliorer la transparence en matière de rémunération afin de réduire les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.
Sommes-nous prêts à la transparence totale des salaires ? Une directive européenne, bientôt transposée en droit français, nous y contraindra sans doute bientôt. Dans la culture française, où l’argent demeure sinon un tabou, au moins un sujet sur lequel il convient de rester discret, cette nouvelle réglementation risque de bousculer bien des habitudes, dans notre rapport à notre propre travail, mais aussi à nos collègues. Aussi faut-il souligner que cette transparence ne sera pas sans conséquences : elle peut aussi générer des tensions à l’intérieur des entreprises.
Pourtant, l’intention derrière cette réforme est on ne peut plus positive, puisqu’elle vise plus d’équité. Dans un pays où la question de l’égalité fiscale est au cœur des débats depuis la rentrée, en particulier autour de la taxation des plus hauts patrimoines, on aurait tort de négliger la question de l’équité. D’abord, cette directive peut avoir un impact réel sur bon nombre d’entreprises pour réduire enfin les disparités salariales entre hommes et femmes occupant des postes équivalents.
Débats nécessaires sur les écarts de salaire
Ensuite, cette plus grande transparence doit également enclencher des débats nécessaires dans les entreprises sur les écarts de salaires. Est-il justifié qu’un chef d’entreprise gagne 130 fois le salaire moyen de ses employés, comme c’est le cas dans les entreprises du CAC 40, selon un rapport d’Oxfam publié en 2022 ? Assurément non.
Dans notre société, on a parfois l’impression que la réflexion sur ce qu’est un salaire juste est trop rapidement écartée. « Le juste salaire devient en chaque cas la vérification concrète de la justice de tout le système socio-économique », écrivait déjà Jean-Paul II dans l’encyclique Laborem exercens, en 1981. L’application de cette directive européenne pourrait être l’occasion d’y réfléchir à frais nouveaux.



