Restauratrice, je suis prise en otage par la nouvelle « carte Tickets Resto »

Alors oui, je ressens de l’injustice et je n’ai pas envie de donner 3,8% de mon travail, de ce que je gagne, à la CRT simplement parce qu’ils ont le monopole et que ce sont eux qui imposent les règles du jeu.

Restauratrice, je suis prise en otage par la nouvelle « carte Tickets Resto »

 

J’ai 30 ans et je suis diplômée de l’école supérieure de cuisine française Grégoire Ferrandi. Il y a quatre ans, j’ai ouvert une première sandwicherie avec mon frère et une deuxième en 2012. 

Restauratrice, je suis prise en otage par la nouvelle « carte Tickets Resto »

Les Tickets Restaurant représentent à peu près 60% des moyens de paiement utilisés dans mes restaurants, sachant que les 40% restants se partagent équitablement entre carte bancaire et liquide. Nous payons une location pour chaque terminal de carte bancaire et, bien entendu, la banque prélève un pourcentage sur chaque vente.

L’alternative émancipatrice du dématérialisé

La CRT
La Centrale de règlement des titres (CRT) est une association créée en 1972 réunissant les trois principaux émetteurs de titres restaurants de l’époque : Edenred, Chèque Déjeuner et Sodexo. Ils ont été rejoints en 2002 par un quatrième émetteur : la banque Natixis.

La CRT traite plus de 724 millions de titres par an, soit l’équivalent de 5,3 milliards d’euros. Les trois émetteurs avaient été condamnés en 2001 pour entente anticoncurentielle après avoir fixé en commun, par le biais de la CRT, un taux de commission applicable aux restaurateurs. Philippe Vion-Dury
Il y a quelques mois, un entrepreneur de Resto Flash est venu nous démarcher pour nous proposer une solution alternative aux Tickets Resto. L’entreprise propose aux clients une appli sur leur téléphone où sont stockés leur tickets dématérialisés. Le restaurateur, lui, scanne leur « flashcode » à l’aide d’une machine fournie par Resto Flash.

J’ai d’abord été un peu sceptique mais tout de même motivée à l’idée de me libérer du monopole de la Centrale de règlement des titres, l’organisme qui gère l’ensemble des Tickets Restaurant, Chèques Déjeuner, etc.

Quand j’ai demandé à ce monsieur pourquoi la différence de prix était aussi importante avec la CRT, il m’a expliqué que la solution dématérialisée n’occasionnait que peu de frais de gestion et qu’ils n’avaient que des frais fixes : une fois payés, ils n’avaient aucune raison de pratiquer des tarifs plus chers.

Une prestation avantageuse

La carte, « un produit des années 70 »
Après avoir travaillé plusieurs années chez Edenred, Emmanuel Rodriguez-Maroto, créateur et président de Resto Flash, a fait le pari du tout dématérialisé. Sa start-up créée en avril 2011 équipe aujourd’hui 400 restaurants sur Paris, promettant un encaissement en une poignée de secondes par simple lecture d’un flashcode sur écran de smartphone. Objectif : gagner rapidement une part de marché de 5 à 10%. Il explique :

« La carte à puce est un produit des années 70, un support de transition. Entre encaisser en moins de deux secondes ou en 35 secondes, le choix sera vite fait pour les restaurateurs. Les acteurs traditionnels n’ont pas du tout pris en compte l’ergonomie de paiement. Les deux vont cohabiter un moment, puis la carte disparaîtra. » PVD
Leur offre est celle-ci :

6 euros par mois pour la location de la machine ;
0,15 euro de commission par ticket dépensé (l’équivalent de 2% sur un ticket d’un montant de 7,5 euros, moins si le montant est supérieur) ;
au-delà de 130 euros encaissés dans le mois, ils ne prennent plus de commission ;
à cela s’ajoute un prélèvement d’un euro à chaque virement sur mon compte ;
le délai de paiement est de seulement quelques jours.
La CRT, en revanche, me prend en moyenne 2,15% des tickets que je lui envoie sans limite de montant, et je reçois le chèque un bon mois après.

Pour être plus claire, chaque semaine, la CRT me prend à peu près 130 euros pour chacun de mes établissements !

C’est le tarif le moins cher que j’ai pu trouver chez eux, et si vous souhaitez être réglé plus rapidement, c’est évidemment plus cher.

CRT nouvelle formule : du racket

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J’ai reçu récemment une lettre [PDF] de la marque Tickets Restaurant [propriété de l’entreprise française Edenred, ndlr] faisant la promotion de la nouvelle carte : d’abord contente, j’ai rapidement déchanté à la lecture du prospectus.

Avec la dématérialisation de leurs tickets, ils prendront dorénavant 3,8% par paiement pour ce « choc de simplification », assorti d’une taxe de 0,03 euro par transaction.

Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela représente pour un commerçant. Je me lève tous les matins à 5h45 pour réceptionner légumes, viandes et crèmerie de Rungis, et les cuisiner.

Je ressens de l’injustice

Nous sommes au total trois cuisiniers, une pâtissière et plusieurs serveuses, car cuisiner prend du temps et nécessite davantage de savoir-faire que de simplement ouvrir un paquet d’épaules et un pot de mayonnaise, comme le font beaucoup de gens dans le métier de la restauration rapide.

Alors oui, je ressens de l’injustice et je n’ai pas envie de donner 3,8% de mon travail, de ce que je gagne, à la CRT simplement parce qu’ils ont le monopole et que ce sont eux qui imposent les règles du jeu.

Surtout, je sais qu’une fois les tickets dématérialisés, leurs frais fixes seront moindres alors même qu’ils sont en train de doubler leurs tarifs. Seulement, quand toutes les entreprises de mon quartier seront passées à cette méthode – car plus pratique pour elles comme pour nous –, je serai obligée de m’y mettre sous peine de perdre mes clients.

Léa Fleuriot

Rue89

 

 

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