Hôtel dit social: quel gâchis!

Hôtel dit social: quel gâchis!

Comme son nom ne l’indique pas, l’hôtel-dit-social est le plus “indigne” des hôtels et le “moins social” des hébergements. Et pourtant dans les grandes villes et notamment à Paris et Région Parisienne, des milliers de familles y sont logés chaque jour, provisoirement, apportant de considérables profits à des propriétaires plus ou moins honnêtes, payés par les fonds destinés à l’action sociale dans chaque département.

Le rapport que le Samu Social vient de publier est une source importante d’enseignements qui mériterait, exigerait des mesures politiques, courageuses et efficaces pour mettre un terme à ce qu’on pourrait appeler un scandale humain, sociale et financier. (*)

Scandale humain où des personnes sont parqués, parfois en hôtel-taudis, à plusieurs membres d’une même famille dans une chambre de 10m2, sans droits, interdites de préparer un repas ou même prendre un petit-déjeuner. Scandale social, s’agissant de familles en grande précarité, dans le besoin d’un soutien social qui se trouvent abandonnées, à la merci d’un gérant peut soucieux des raisons qui les y ont emmené, ne supportant pas le bruit des enfants, confisquant parfois leur courrier. Scandale financier car les dépenses sont somptueuses d’un prix à la journée hôtelière dont les sommes pourraient permettre la mise en place d’équipements pérennes et gérés par des professionnels. Et cette pratique a, entre autres, comme effet que l’hébergement en hôtel-dit-social se banalise et devient la solution, quand il n’y a pas d’autre réponse un vendredi en fin de journée… En réalité, si les professionnels de terrain n’ont pas souvent d’autre alternative, les responsables politiques ne s’approprient pas du problème et l’exercice perdure et s’élargit.

L’ex-ministre du logement, Mme Duflot, soucieuse qu’elle était de mesures au grand jour et, sans mésestimer son engagement, elle n’a pas, semble-t-il pris la mesure de cette réalité (pourtant bien présente dans le Val-de-Marne, son département). Et ceci touche à la fois la politique de la famille, la protection de l’enfance, les familles victimes de violence conjugale et intra-familiale, le devenir des enfants exclus ou empêchés de suivre une scolarité par l’inadaptation de mesures d’urgence. C’est aussi une rentabilité assurée pour les marchands de sommeil. Un gâchis financier mais surtout humain.

Compte tenu du nombre de places limité en CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), des femmes victimes de violences conjugales, ayant fait appel aux services sociaux, d’autres au 115, sont souvent hébergées provisoirement, “en secret” avec leurs enfants dans ces hôtels, jusqu’au moment où leur situation s’éclaircit ou se modifie. Commence alors un véritable périple de galères qui entraîne un surcroît de difficultés et de précarité.

Responsabilité individuelle et responsabilité collective

Certes, les événements douloureux de la vie de chacun (séparations, violences, maladies) qui ne peuvent pas être évités, ce ne sont pas les pouvoirs publics qui ont à les traiter. Face aux confrontations de leur histoire, aux événements de leur choix de vie, ce sont les personnes qui peuvent, y répondre et trouver ce qui pourra correspondre le mieux à leurs besoins et à leurs aspirations.

En revanche, les autorités politiques à tous les échelons et notamment départemental, ont la responsabilité de mettre en place des dispositifs qui puissent, tant soit peu, s’adapter aux besoins d’une population confrontée aux aléas de la vie, source de précarités avec toutes les conséquences notamment du côté des enfants. La violence conjugale, dont les femmes sont la plupart du temps la première cible, concerne bien la famille car les enfants sont à leur tour les victimes les plus vulnérables.

Le rapport du SAMU retrace bien les suites pour ces vies, sur le devenir des enfants qui laissent la trace et le préjudice en termes de sociabilité, scolarité, mais aussi santé et alimentation. C’est le cas de la mobilité sans cesse, c’est à dire, la quête d’une place, d’hôtel en hôtel, de commune en commune. La socialisation et la scolarité des enfants sont ainsi bouleversées, sans continuité ou obligeant des enfants à des transports interminables pour garder l’inscription dans le même établissement. Il est également question des problèmes de santé que cette errance provoque, notamment par des soins interrompus. Dans les statistiques présentées il est noté que “…les familles se percevaient ainsi en plus mauvaise santé que la population générale”. De même l’insécurité alimentaire notamment du fait des difficultés pour les familles de pouvoir cuisiner, les pizzas et sandwiches devenant régulièrement le plat principale.

Hôtel dit social: quel gâchis!

Merci à JiHo pour ce dessin!

 

Le “placement” en hôtel-social

Souvent ces “hôtels” sont aussi utilisés dans le cadre de mesures de protection de l’enfance. Soit suite à des violences intra-familiales, soit des cas d’expulsions, des conflits de mise à la rue d’un mineur par l’un des parents. Ce sont les services sociaux, avec l’accord de l’Inspecteur de l’Enfance, qui orientent vers un hébergement de ce type, pendant que l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) assure le suivi socio-éducatif, voire un service associatif habilité s’il y a une décision du Juge des Enfants. Un mineur en difficulté sociale (vraisemblablement psychologique), logé/placé dans une chambre d’hôtel à 16 ou 17 ans, se trouve ainsi rendu à lui-même sans “contenant”, sans référent autre que l’éducateur désigné ayant à suivre une vingtaine de mineurs en milieu ouvert.

Le mot gâchis ici signifie la dépense en énergie, le gaspillage des potentialités de ces mineurs ou de ces familles qui, dans un cadre adapté à des processus d’accompagnement social et éducatif, de facilitation pour leur insertion sociale dans un moment de grosse difficulté, permettrait d’une part d’amoindrir la souffrance que la vie leur impose mais surtout garantirait les prémices d’un futur plus assuré. C’est que le gâchis financier du coût de ces prises en charge, qui nourrit bon nombre de gérants-hôteliers de toutes sortes, provoque des dégâts durables en termes de scolarité des enfants, de santé des familles et devenir de ces populations.

Et quand on nous parle de compression des dépenses, c’est souvent une vision arithmétique des choses, des mesures à court terme. A long terme, le coût social, humain, santé.. sera bien supérieur aux “économies” ainsi faites !

“Ces premières analyses dressent donc un tableau assez sombre, qui appelle des réformes claires du système d’hébergement, au premier rang desquelles figure la limitation de l’instabilité résidentielle”. C‘est dans ces termes que le rapport du Samu Social conclue l’étude. L’espoir que je garderais c’est la prise de conscience des “décideurs” que les économies à long terme d’une autre politique d’hébergement (passant peut-être par des véritables hôtel-social), seraient supérieures à celles qu’ils votent à court terme et qui déstructurent un tissu social et familial déjà fragilisé.

http://observatoire.samusocial-75.fr/images/ENFAMS_rapport_final.pdf

 

ARTHUR PORTO

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