Côte-d’Or : face à une pénurie de main d’œuvre, des restaurateurs embauchent des réfugiés

Côte-d’Or : face à une pénurie de main d’œuvre, des restaurateurs embauchent des réfugiés

Côte-d’Or : face à une pénurie de main d’œuvre, des restaurateurs embauchent des réfugiés

 

En France, 130 000 emplois sont à pourvoir dans l’hôtellerie-restauration. Une pénurie de main d’œuvre qui pousse les professionnels à vouloir recruter des migrants non-réfugiés plus facilement. En Côte-d’Or, plusieurs restaurants ont déjà recruté des réfugiés dans leur équipe.

 

Deux réfugiés Soudanais et un érythréen travaillent en cuisine au café du Nord, à Arnay-le-Duc / © France 3 Bourgogne
Deux réfugiés Soudanais et un érythréen travaillent en cuisine au café du Nord, à Arnay-le-Duc / © France 3 Bourgogne

Il a fui le Soudan et travaille à Montbard (Côte-d’Or) comme cuisinier depuis maintenant 2 ans. Aziz Moussa possède un bac +5 dans le domaine de l’eau. « J’ai besoin d’argent pour faire venir ma famille en France. Pour ça, je cuisine. Après, j’aimerai bien faire une formation dans le domaine de l’eau », fait-il remarquer.

La gérante du restaurant avait des difficultés à recruter. Un jour, elle a entendu parler du centre de Pouilly-en-Auxois, qui cherchait des employeurs pour des demandeurs d’asiles. « C’est vrai, j’avais un petit peu peur au départ. Je m’étais dit ‘prendre un réfugié, avec les polémiques qu’il y a aujourd’hui sur eux, c’était dur’. Mais finalement je me suis dit ‘on y va, c’est parti’. Ça fait deux ans qu’il est avec nous et ça se passe très bien. Il s’est bien adapté à son travail et aux gens« , précise Myriam Peronne, gérante du restaurant de l’Aubespin.

Donner un second souffle aux restaurants ruraux

Autre ville, même problème : à Arnay-le-Duc, en Côte-d’Or, 1096 postes ont été proposés dans l’hôtellerie-restauration. 993 ont trouvé preneur. Deux réfugiés Soudanais et un Erythréen travaillent au café du Nord, en cuisine.

Ces arrivées ont redonné du souffle à ce restaurant rural. La gérante de l’établissement le précise : pour elle, recruter un réfugié n’est pas juste combler un emploi vacant. « Ce que je veux, c’est que l’on reconnaisse leur véritable qualité professionnelle de cuisinier. Que nous, professionnels français, on sache les accompagner, mettre des diplômes en face de leur expérience, leur trouver des postes de qualité dans les différents restaurants de Bourgogne. Il faut que l’Etat nous accompagne là-dessus« , ajoute-t-elle.

Déficit d’image

«Certains employeurs disent souffrir d’un déficit d’image», complète Pôle emploi. Vincent Sitz, du GNI Synhorcat, acquiesce: «On souffre aujourd’hui encore d’une vieille image de chefs acariâtres et d’établissements qui font bosser leurs employés 70 heures par semaine». L’idée de porter de lourdes charges ou de travailler en horaires décalés ne semble pas constituer le seul frein. «Pour le saisonnier plus spécifiquement, il peut exister une inadéquation géographique plus forte entre l’offre et la demande de travail», indique Pôle emploi. «Elle entraîne des difficultés de déplacements, mais surtout des difficultés de logement, puisqu’une grande partie des emplois saisonniers se situent dans des régions touristiques». Se déplacer ou se loger peut ainsi constituer une véritable barrière financière pour des travailleurs dont le salaire est bien souvent au smic.

A l’automne 2018, le syndicat de l’hôtellerie-restauration doit rencontrer le gouvernement. Il espère étendre les possibilités d’embauche aux migrants non-réfugiés.

Pour répondre à l’urgence de la situation, l’hôtellerie-restauration a entrepris une réflexion. «À la rentrée, nous allons proposer des mesures concrètes, qui tiendront compte des évolutions du métier et des attentes des jeunes», soutient Hervé Bécam de l’Umih. «Il faut que nous parlions de nos métiers, autrement que par les contraintes», estime de son côté Vincent Sitz du GNI-Synhorcat. «Un serveur n’est pas seulement un passeur de plats: il véhicule l’image de l’établissement, doit avoir des connaissances sur les produits, comme le vin. Idem pour un cuisinier. Une des solutions serait notamment d’avoir de vrais conseillers d’orientation dans les établissements scolaires».

 

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