Un restaurateur condamné pour “agression sexuelle” sur deux de ses serveuses

Poursuivi pour “agression sexuelle” sur deux de ses serveuses, un restaurateur de 45 ans a nié les faits devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire.

tribunal saint-nazaire
L’ex-restaurateur a été condamné à 18 mois de prison avec sursis par le tribunal de Saint-Nazaire ©Frédéric Prot

C’est le soir de ses 20 ans. Une jeune serveuse fait la fête avec des amis. Vers 1 h du matin, dit-elle, son patron « insiste » pour la raccompagner et la faire monter dans le restaurant, « insiste » pour qu’elle boive une vodka jus de pommes, « insiste » pour lui faire un massage.

Mains baladeuses

Après plusieurs refus, elle accepte « pour pouvoir partir ». Alors, explique-t-elle au tribunal correctionnel de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) lors du procès du 12 avril 2022, « il va chercher de l’huile de massage, me pousse sur le canapé, soulève mon tee-shirt, embrasse mes fesses, me touche les cuisses, le sexe… » Et conclut : « Je me relève et je vomis ».  Après avoir nié, le restaurateur reconnaît « un massage sur le dos, la cuisse jusqu’à l’aine ». 

Si cette frêle jeune fille brune d’1,50 m, était sur le banc des victimes, elle n’était pas seule. À ses côtés se trouvait une jeune fille blonde, entendue comme témoin lors de l’enquête, de même que plusieurs autres serveuses.

Elle ne voulait pas porter plainte : « Je pensais qu’il ne reconnaîtrait pas ce qu’il a fait ». C’est la procureure, Mathilde Defretin, qui l’a décrétée victime. 

« Je suis quelqu’un de tactile »

Les jeunes filles décrivent toutes la même chose : des courses dans l’établissement pour lui échapper, des mains baladeuses surtout le dimanche soir lorsque sa compagne n’est pas là, parfois une dizaine de fois pendant un service.

L’une des témoins est partie au bout de cinq jours. Selon lui : « pour autre chose ». 

Âgé de 45 ans, le patron se défend :Vidéos : en ce moment sur Actu

« Je suis quelqu’un de tactile. C’est monnaie courante dans tous les restaurants de mettre les mains sur les hanches, les épaules, ma femme aussi le faisait. »

La présidente lui glisse : « Mais quand le mari d’une serveuse est venu se plaindre, vous avez quand même arrêté ! »

Le prévenu avance sa bonne éducation : « Quand ma serveuse était occupée et que je voulais passer derrière elle, je ne voulais pas couper la parole, je préférais la prendre par les hanches ». 

« Une enquête poussée »

Les jeunes filles étaient leurs propres avocates. Lorsque la brune entend le quadragénaire dire qu’elle s’était dévêtue, elle réagit : « Franchement, je tombe des nues ! ». La blonde est qualifiée « d’aguicheuse ». 

L’ex-patron se présente comme quelqu’un « qui est tactile, généreux, qui aime les gens et veut en prendre soin ». Il parle également « d’un jeu, qu’il aime l’humour ».

La procureure tance : « Donc, vous ne reconnaissez rien ? » Réponse négative de la part du prévenu.

La magistrate évoque « une enquête poussée, à charge et à décharge et des jeunes filles qui, sans se connaître, décrivent les mêmes faits. En face de celui qui a l’âge d’être leur père, elles n’ont jamais varié ». Aucun complot, aucune vengeance selon la magistrate qui déplore le sentiment de peur, de honte, qui habite la jeune brune. 

 » La rumeur  l’a détruit « 

« Aucun mensonge de la part des victimes » déclare d’emblée Me Manon Le Parmantier, côté défense, « mais une interprétation différente ». Elle décrit un homme « sensible, bosseur, stable tant dans sa vie familiale que professionnelle », témoignages à l’appui et une procédure inscrite à charge.

Depuis les faits retenus, de décembre 2019 à février 2021, elle affirme que sa compagne et lui sont brisés bien qu’il clame son innocence depuis le début.

Le prévenu, qui fait l’objet d’un suivi, a remis les clés de l’établissement de Guérande dont il était gérant la semaine précédant le procès. 

La défense plaidait la relaxe « du fait de l’absence totale de faits caractérisés ». Le parquet requérait dix mois de prison avec sursis probatoire.

Le tribunal en a prononcé dix-huit. Le prévenu a interdiction de contact avec les jeunes filles et devra verser 1500 € à l’une et 500 € à l’autre. 

Pour lui, comme pour son avocate, c’est « la rumeur publique qui lui a fait tout perdre ».

Par L’Echo de la presqu’île

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