« The Chef » : un thriller bien relevé dans les cuisines de l’enfer

« The Chef » : un thriller bien relevé dans les cuisines de l’enfer

« The Chef » : un thriller bien relevé dans les cuisines de l’enfer

 

Le réalisateur et acteur Philip Barantini sort des sentiers balisés des films de restaurant pour dépeindre la faillite d’un système à flux tendu.

 

« The Chef » : un thriller bien relevé dans les cuisines de l’enfer

Carly (Vinette Robison) et Andy (Stephen Graham) dans « The Chef », de Philip Barantini. UFO DISTRIBUTION

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

C’est le dernier vendredi avant Noël, la soirée la plus fréquentée de l’année, et il n’y a plus de turbot. Le chef d’un restaurant gastronomique de Londres a oublié de passer commande, c’est la poisse. A le voir tétanisé dans la cour de son établissement, les jambes en coton, la bouche pâteuse, le regard vitreux, comment ne pas penser à son homologue français, Vatel, qui, en 1671, se suicida pour un problème de marée et de poissons plats ?

Après avoir réceptionné seulement deux paniers de pêche sur la centaine commandée, le maître d’hôtel de Nicolas Fouquet, honteux de ne pouvoir nourrir les trois mille invités des fêtes offertes à Louis XIV, monta dans sa chambre et se jeta sur son épée. Devenu symbole de l’excellence culinaire française, il inaugurait ainsi l’histoire mondiale des suicides de cuisiniers dont le dernier exemple notoire est celui du Franco-Américain Anthony Bourdain.

The Chef (ou Boiling Point, titre fort à propos utilisé dans les pays anglo-saxons) raconte donc la pression extrême subie par les chefs, en l’occurrence Andy Jones, un quadragénaire étoilé, qui tente de garder le cap malgré sa dépendance à la drogue et à l’alcool, lors d’un service cauchemardesque. Filmée en plan-séquence (un vrai sans raccord numérique), la soirée ne lui laisse aucun répit, entre un contrôle qualité qui coûte deux points à son affaire à la suite du mauvais usage d’un évier à légumes jusqu’à l’allergie carabinée d’une cliente.

The Chef, de Philip Barantini, réalisateur anglais qui passe en cuisine, milieu qu’il connaît bien pour avoir dans une autre vie été lui-même chef. C’est la partie la plus sombre de ce métier qu’il met en scène, dans le récit d’une soirée cauchemardesque, son personnage, Andy, Stephen Graham et son redoutable accent cockney, est un chef étoilé au bord du gouffre : sa vie sentimentale est un naufrage, il est endetté jusqu’au cou et sa brigade part à vau-l’eau.

“Au restaurant le service se fait en une prise, la vie, c’est une seule prise !” Philip Barantini

En salle, il y a une critique redoutée qui débarque sans prévenir, des clients irascibles, The Chef raconte la part d’ombre d’une profession de passion, mais faite aussi de violence au travail et de racisme.

Andy carbure à l’alcool et à la cocaïne, sa chute est d’autant plus oppressante pour le spectateur qu’on la suit en direct dans un incroyable plan séquence, un vrai, sans raccord numérique. L’exploit technique et artistique n’a rien d’un gadget, c’est une chorégraphie, réussie à la troisième prise alors que Philip Barantrini n’avait de toute façon plus le temps de tourner, confinement oblige.

 

 

 

 

 

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