Pénurie de saisonniers au Pays basque : « Il faut en finir avec les horaires de coupure »

Pénurie de saisonniers au Pays basque : « Il faut en finir avec les horaires de coupure »

Pénurie de saisonniers au Pays basque : « Il faut en finir avec les horaires de coupure »

Les restaurateurs font face à une crise de l’emploi saisonnier. Les hôtels et restaurants de la Côte basque ont des difficultés pour trouver des saisonniers. Plusieurs raisons expliquent cette pénurie. Les professionnels se remettent en questionPénurie de saisonniers au Pays basque : « Il faut en finir avec les horaires de coupure »

 

La reprise de la saison est difficile pour les hôteliers et restaurateurs de la Côte basque. La pénurie des saisonniers est criante. Sur les vitrines de Saint-Jean-de-Luz, comme sur les réseaux sociaux, les offres d’emploi se multiplient. Certains restaurants menacent même de rester fermés s’ils ne trouvent pas de personnel.

Cuisiniers, serveurs, femmes de chambre. De nombreux postes ne trouvent pas preneurs. Selon Pôle emploi, seulement 40 à 60 % des employeurs ont réussi à reconstituer leurs anciennes équipes. Plusieurs raisons expliquent cette situation : … La difficulté de se loger ne facilite pas l’emploi, notamment des saisonniers.

 

Dans les hôtels, bars et restaurants, pourquoi une telle pénurie de personnel ?

À quelques jours de leur réouverture, les patrons s’affolent : serveurs, cuisiniers et réceptionnistes manquent à l’appel. Lassés, démotivés, certains employés sont partis gagner leur vie ailleurs.

Lassés des horaires décalés et des week-ends de travail, au moins 100 000 employés de l’hôtellerie-restauration auraient changé de métier depuis le début de la crise sanitaire.
Lassés des horaires décalés et des week-ends de travail, au moins 100 000 employés de l’hôtellerie-restauration auraient changé de métier depuis le début de la crise sanitaire. | FRANCK DUBRAY, ARCHIVES OUEST-FRANCE

Le manque de personnel ? Autour de moi, les gens ne parlent que de ça​, glisse Isabelle Blot. Dans sa brasserie, Le Skipper, à Concarneau, il manque encore deux têtes pour que l’équipe soit au complet. La restauratrice a placardé une affiche sur la porte de l’établissement, posté des annonces sur tous les groupes Facebook de saisonniers… Et rien. Je n’ai pas eu un seul retour ! Et aucune candidature spontanée non plus​, s’étonne-t-elle. Par chance, un nouveau crêpier a rejoint les rangs du Skipper ce matin même, grâce au bouche-à-oreilleMais franchement, j’étais angoissée.

Un salarié sur dix envolé

Alors que la réouverture des terrasses approche, et qu’il est déjà temps de recruter les saisonniers pour juillet-août, la pénurie de main-d’œuvre guette. Sur les sites d’offres d’emploi, les annonces avec mention « urgent » ​pour un poste de serveur, barman ou commis de cuisine défilent par centaines. Beaucoup d’adhérents m’appellent, affolés parce que leur serveuse ou leur crêpier ne compte pas revenir​, rapporte Catherine Quérard, présidente du Groupement national des indépendants (GNI) de l’hôtellerie-restauration du Grand Ouest.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 100 000 et 140 000 employés du secteur auraient changé de métier depuis le premier confinement, selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie. Soit un dixième du total.

 

Reconversions

Le problème n’est pas nouveau, ça fait 15 ans qu’il y a des tensions dans le recrutement​, souligne Bernard Boutboul, spécialiste de la restauration pour le cabinet Gira. Mais le Covid-19 est passé par là, et l’interminable fermeture des bars et restaurants a démotivé de précieux employés. Ceux placés au chômage partiel ont été préservés ; ils reviendront pour la plupart. Mais une armée de saisonniers et extras s’est envolée vers de nouveaux horizons, et ne compte pas revenir en arrière.

Le site de recrutement Bruce, spécialisé dans le travail temporaire, constate une reconversion assez massive ​des employés de l’hôtellerie-restauration : Beaucoup se tournent vers la logistique, le BTP ou la vente​, détaille Guillaume Lafolla, spécialiste chez Bruce. Des postes moins sacrificiels, où l’on peut profiter de ses soirées et de ses week-ends​, pour un salaire équivalent. Et d’ajouter que les compétences linguistiques et le sens du contact permettent à ces profils de basculer facilement vers les métiers de l’accueil​.

En finir avec la coupure

Alors que faire ? Comment convaincre les hésitants de renfiler toques et tabliers ? Pour Catherine Quérard, du Groupement national des indépendants, il faut repenser l’organisation des plannings, à commencer par la fameuse « coupure » entre les services du midi et du soir : Ça crée des journées à rallonge, les jeunes n’en veulent plus.

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Le patron du géant hôtelier Accor, Sébastien Bazin, a plaidé récemment sur l’antenne de BFM Business pour une revalorisation de ces métiers, faute de quoi un quart des effectifs ​risque de ne jamais revenir : C’est-à-dire peut-être de les rémunérer plus, peut-être de faire en sorte que leurs postes soient beaucoup plus polyvalents.

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