L’ex-femme de chambre a son hôtel à Dreux et sort un livre sur son incroyable itinéraire

L’ex-femme de chambre a son hôtel à Dreux et sort un livre sur son incroyable itinéraire

 

Elle a beau être à la tête de l’unique hôtel 3 étoiles de Dreux, Corinne Dubessay fait encore le ménage dans les chambres. Jolie parcours.

 

L'ex-femme de chambre a son hôtel à Dreux et sort un livre sur son incroyable itinéraire
«J’ignore le nombre de lits que j’ai pu remettre en forme.? Des milliers sans doute».

Ce n’est ni une star de la TV, du cinéma ou de la littérature. Corinne Dubessay publie, malgré tout, son histoire dans un livre qui sortira la semaine prochaine, Femme de chambre, femme d’entreprise (France Biographie). Un sacré exercice pour cette femme qui confie « ne pas aimer se mettre en avant. Si je publie un livre, c’est pour mettre en évidence mon expérience, ma réalisation. Certainement pas ma petite personne ».

Timidité maladive

En réalité, ce sont des connaissances et des clients de son hôtel drouais qui ont servi de déclic à sa plume. « Ils m’ont dit que ma vie n’était pas ordinaire, moi-même, je ne me rendais compte de rien ». Naître dans un village de la Côte d’Ivoire (Agboville), près d’Abidjan, et se retrouver à diriger un coquet hôtel, entre Blaise et Place Métézeau n’est pas donné à tout le monde. Et en même temps, elle veut prouver quelque part que « l’on peut s’en sortir » quand on a ni des parents fortunés, ni un bac (9,99 de moyenne à l’examen) ni une quelconque chance divine.

Ajoutons au tableau une timidité maladive dans l’enfance (« Je ne voulais même pas que ma mère me voit lorsque j’entrais dans ma douche ») et un traumatisme lors de la séparation violente de ses parents.

Des clients plus ou moins propres 

Et alors ?, semble vouloir dire celle qui ponctue ses propos de larges éclats de rire, comme une réponse à toutes les épreuves de la vie d’une petite fille de Côte d’Ivoire arrivée en France à l’âge de 5 ans. La famille se pose dans une banlieue populaire, à Bezons (Val-d’Oise). « Papa travaillait à la mairie ».

Pour Corinne Dubessay, être femme de chambre est, d’abord, une occasion de trouver un boulot. « Et d’aider ma mère qui était seule après le divorce ». Répondant à une annonce, la Drouaise débute au Hilton, à Orly : plus de 300 chambres, une vingtaine de suites,… et des clients plus ou moins propres ! Corinne Dubessay garde en mémoire « ces WC et baignoires très sales » ou ces sols trempés d’alcool après des soirées sans doute trop arrosées. Hilton puis Sofitel, Lutécia et quelques autres : chaque expérience est l’occasion d’apprendre un métier dur, certes, mais « qui est aussi un jeu. Pour moi, transformer un lieu en bazar en quelque chose de bien rangé revêt un côté un peu magique ».

« la poubelle remplie de capotes dans la suite d’un footballeur »

Du bazar laissé par le chanteur Garou à « la chambre où il n’y avait rien à faire » de Patricia Kaas, sans oublier « la poubelle remplie de capotes dans la suite d’un footballeur », Corinne Dubessay croise des people et des anonymes, appartenant tous à une classe aisée. Les pourboires sont parfois généreux, mais la femme de chambre retient surtout « l’importance de travailler dans une bonne ambiance, c’est-à-dire mettre de l’humanité dans les relations professionnelles. J’ai vu tant de collègues qui, sous la pression, avaient peur de mal faire ». Son livre est là aussi pour redorer le blason d’une profession méconnue au mieux et galvaudée voire un peu méprisée, au pire.

« Être patron, c’est pouvoir tout faire »

Corinne Dubessay retient la leçon lorsqu’elle reprend l’Hôtel du beffroi, « son petit bijou ». Avec ses trois salariés, elle explique « être à l’écoute et faire confiance. Quand on me dit « Madame, je ne peux pas le faire », je comprends et je gère. Il m’arrive aussi de nettoyer les chambres. Je n’ai pas changé. Instaurer de bons rapports professionnels entre collègues a été l’une de mes motivations dans mon envie de diriger un hôtel ».

Elle sourit encore de la conversation qu’elle avait surprise entre un couple de clients qui, un dimanche matin au petit-déjeuner, avaient murmuré en s’apitoyant sur son sort, la voyant servir thé, café et tartines : « Ils ignoraient que je dirigeais l’hôtel et m’avaient vu aussi la veille. Ils ont dit : « Ce n’est pas le patron qui viendrait travailler le dimanche » ». Et d’ajouter : « Être patron, c’est pouvoir tout faire ».

Pratique. Femme de chambre, femme d’entreprise (France Biographie). Prix : 11 €. En vente à La Rose des vents. Séance de dédicaces le samedi 7 octobre, à l’Hôtel Le beffroi, à partir de 14 heures.

Olivier Bohin

« Je ne roule pas sur l’or, je fais ce qui me plaît »

L’hôtelière confie avoir débuté sa carrière comme mannequin. « Mais de mauvaises rencontres m’ont dissuadé de continuer ».

L'ex-femme de chambre a son hôtel à Dreux et sort un livre sur son incroyable itinéraire 
L’argent. L’argent n’est pas un tabou ni une obsession pour celle qui explique avoir emprunté pour s’offrir son hôtel. « J’avais un petit apport. J’ai fait des travaux car il y a eu quelques surprises, des mises aux normes notamment ». Quand on lui parle de son salaire, l’ex femme de chambre confie : « Je ne roule pas sur l’or, mais je fais ce qui me plaît. Je gagne ma vie. L’important, c’est d’avoir une bonne trésorerie pour faire tourner l’hôtel et les aménagements nécessaires ».

Maman. Corinne Dubessay est aussi une maman de deux ados qu’elle gère seule. « C’est une question d’organisation ». La famille est aussi une valeur capitale pour celle qui reçoit régulièrement sa maman dans son hôtel. « Maman avait vécu comme un échec le fait que je sois femme de ménage. Elle culpabilisait. Maintenant, elle est trop fière de sa fille. »

Mannequin. « À la fin de mes années au collège, j’ai fait du mannequinat pour combattre ma timidité. Après avoir répondu à une annonce, j’ai fait des photos et de la figuration. Mais j’ai arrêté car on me jugeait trop sur mes apparences. Je n’étais qu’un corps. Pour moi, l’essentiel, c’est la beauté intérieure ».

l’Echo Républicain

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