Le Brexit et les “gilets jaunes” plombent l’objectif de fréquentation de la France

Le Brexit et les “gilets jaunes” plombent l’objectif de fréquentation de la France

 

L’objectif de 100 millions de touristes, fixé en 2014, a été repoussé à 2022. 

 

Le Brexit et les "gilets jaunes" plombent l'objectif de fréquentation de la France

Des touristes devant le Mont-Saint-Michel (Manche), le 16 septembre 2019.  | SALVATORE ROMANO / NURPHOTO / AFP

Des touristes devant le Mont-Saint-Michel (Manche), le 16 septembre 2019.  (SALVATORE ROMANO / NURPHOTO / AFP)

La France n’espère plus atteindre en 2020 son objectif des 100 millions de touristes étrangers accueillis. Plombée par la crise des “gilets jaunes”, mais aussi la perspective du Brexit qui freine les arrivées de touristes britanniques, cette ambition est repoussée à 2022, selon une annexe au projet de budget 2020 dédiée au tourisme et disponible, mardi 22 octobre, sur le site du ministère de l’Action et des Comptes publics. L’objectif d’accueillir 100 millions de visiteurs internationaux en 2020 – contre 89 millions en 2018 – avait été fixé en 2014 par Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, avant les attentats de 2015 qui ont provoqué un trou d’air pour le tourisme et brisé la progression de la fréquentation.

L’objectif de 2019 reporté à 2020

“Les indicateurs portant sur les premiers mois de l’année 2019 laissent percevoir une diminution de la fréquentation touristique internationale pour le premier semestre”, selon ce document. Cette tendance s’expliquerait par “les mouvements sociaux d’ampleur nationale qui ont largement touché le pays en début d’année et qui ont [affecté] les réservations à moyen et long terme, ainsi que par les effets de la baisse de la livre, le Royaume-Uni étant notre premier marché touristique”, est-il indiqué.

Le gouvernement revoit également à la baisse son objectif pour 2019 : la fréquentation touristique étrangère est désormais attendue à 91 millions, contre une prévision initiale de 94 millions de visiteurs. Celle-ci est désormais repoussée à 2020. Au cours du premier semestre, pour la seule région Île-de-France, la fréquentation hôtelière de la clientèle étrangère s’affiche en repli de 0,5%, selon des données du Comité régional du tourisme. À elles seules, les arrivées de touristes britanniques enregistrent un net recul sur la période, avec 304 000 nuitées en moins.

Le Brexit et les “gilets jaunes” plombent l’objectif de fréquentation de la France

Grèves : « Le coup risque d’être rude pour l’économie touristique si le printemps est mauvais »

Selon Didier Arino, expert du tourisme, la tendance n’est pas bonne actuellement pour le secteur avec un recul de l’hôtellerie et plus encore des campings, mais il est difficile de quantifier « l’effet grèves ».

Didier Arino, directeur général du cabinet d’études et de conseil  Protourisme.

 

A ce stade, quel est l’impact des grèves dans les transports sur l’activité touristique ?

C’est très difficile de le mesurer car il s’ajoute à d’autres facteurs. La météo jusqu’à ces derniers jours n’a pas été favorable. Il faut tenir compte aussi d’un effet calendaire avec les vacances de Pâques. Pour mémoire, les Parisiens étaient les premiers en vacances l’an dernier. Par ailleurs, d’après une étude que nous avons faite en début d’année, les intentions de départ en vacances des Français ont fléchi de 12 points pour avril, alors qu’elles ont crû de 9 points pour mai, du fait des ponts vraisemblablement.

Cela étant dit, la tendance n’est pas bonne pour l’activité touristique. On constate notamment une baisse très importante sur l’Atlantique, de la Bretagne au Pays basque, mais on ne voit pas de coup d’arrêt à Bordeaux. Dans les campings, la baisse d’activité va de 25 à 40 % par rapport à l’an dernier. En parallèle, elle serait, à notre connaissance, de l’ordre de 10 % dans l’hôtellerie sur le plan national. Le coup risque d’être rude pour l’économie touristique si le printemps est mauvais.

On ne peut exclure un renversement de tendance avec des réservations de dernières minutes que facilite Internet…

Certes, mais l’effet serait partiel. D’abord, on ne vend pas une nuitée déjà passée. Ce qui est perdu, est perdu ! En outre, la réservation de dernière minute vaut pour le tourisme d’agrément, pas le voyage d’affaires et les séminaires. Sans pour autant préjuger de la fin avril, le mois de mai s’annonce clef, sachant qu’il y aura un effet de base favorable. Ne l’oublions pas, mai 2017 avait été mauvais pour cause d’élection présidentielle. Il y a un risque cependant que cette consommation touristique potentielle profite à d’autres…

C’est à dire ?

Les enquêtes d’intention montrent que les Français veulent partir, qu’ils ont envie de soleil. Cela peut profiter aussi à certaines destinations étrangères. L’offre aérienne est conséquente et pas seulement sur les aéroports parisiens, elle existe aussi en province. On peut également songer à la reprise du tourisme en Tunisie.

 

Christophe Palierse

Source Les Echos 

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