Le bel été 2020 : pourquoi les Français ont-ils fait honneur à la France ?

Le bel été 2020 : pourquoi les Français ont-ils fait honneur à la France ?

Le bel été 2020 : pourquoi les Français ont-ils fait honneur à la France ?

Le décryptage de Josette Sicsic (Touriscopie)

 

Après le désespoir, vint l’inquiétude, puis l’incertitude, et maintenant c’est au tour de la satisfaction d’alimenter les rubriques de tourisme. Oui, l’été a été sauvé presque partout en France grâce à des vacanciers français particulièrement nombreux sur le territoire. Mais, pourquoi nos compatriotes ont-ils manifesté un tel engouement pour leur pays ? Les réponses sont multiples, complexité humaine oblige.

 

 

Le bel été 2020 : pourquoi les Français ont-ils fait honneur à la France ?

Alors, un bel été ? Oui. Mais, un été sans la visite de nos voisins ne répond guère à la vocation et aux valeurs de partage de l’industrie touristique – 

Alors que les premiers chiffres tombent, de la Bretagne à la Côte d’Azur en passant par l’Isère et la Normandie ou le Périgord, les clientèles françaises ont pris des vacances en France et ont rempli des hébergements dont les tarifs étaient pourtant parfois dissuasifs : 200 euros la chambre en trois étoiles dans le Var, petit-déjeuner non compris ; 155 euros dans une petite station de la Côte d’Albâtre à fin août !

Mieux, ces établissements affichent complet pendant les premiers jours de septembre.

Pour peu que le soleil ne déserte pas et voilà que l’arrière-saison pourrait permettre en partie de compenser les angoisses passées.

Discipline, défiance, craintes ?

Mais pourquoi ces performances ? Les explications sont de plusieurs ordres :

– D’une part, on peut invoquer l’obéissance de la population aux injonctions gouvernementales. Mais, je ne crois pas que nos concitoyens réputés indisciplinés se soient soudain tous transformés en bons petits soldats et aient cherché à se montrer dociles. Quelques-uns par solidarité l’ont fait. Mais, ce ne sont pas les plus nombreux.

– Deuxième explication possible : les craintes par rapport à un déplacement à l’étranger et surtout les craintes redoublées devant l’effroyable cacophonie affichée par les destinations internationales incapables de faire preuve d’harmonie et d’unité dans leurs ouvertures de frontières et leurs protocoles sanitaires. Une situation qui, ajoutée aux suppressions massives de vols et à la confusion des compagnies aériennes incapables de rembourser leurs clients ou de leur donner des avoirs utilisables, n’a pas stimulé les envies d’ailleurs. Sans compter que les destinations étrangères, notamment l’Espagne, notre destination européenne favorite, n’émettaient pas des nouvelles très rassurantes sur la situation pandémique.

– La défaillance de nos autres destinations préférées notamment dans les pays du Maghreb, comme le Maroc et la Tunisie, ont bien évidemment également dissuadé leurs plus fervents adeptes. Tandis que le Royaume-Uni, dont il faut rappeler qu’il est notre troisième destination étrangère, nous a menacés de quarantaine. Mêmes processus dissuasifs en Israël, destination majeure pour de nombreux Français tandis que le rêve américain choisi généralement par un petit million de Français s’est dissipé dans un mirage.

 

Plans de relance et épargne

– Quatrième explication plus réaliste : les Français, on l’a déjà dit, partent à 70% en vacances en France. Ces 70% (selon le dernier SDT) n’ont donc pas changé leurs habitudes. Ceux en particulier, très nombreux, qui réservent d’une année sur l’autre leurs hébergements, n’avaient aucune raison de changer leurs projets. Même constat pour les habitués des résidences secondaires et des séjours familiaux.

– Cinquième raison : les plans de relance activés par les territoires ont sans doute été plus efficaces qu’on l’espérait. Une partie des vacanciers abonnés à l’étranger avouent en effet avoir succombé aux sirènes de ces campagnes publicitaires vantant les charmes de notre Hexagone. Bien que peu utilisés apparemment, les bons et autres chèques loisirs distribués avec largesse ont produit leur effet. Quant aux promotions de certains opérateurs comme Pierre & Vacances/Center Parcs, elles ont fonctionné.

– Par ailleurs et surtout, on aura noté que plus de 50% des Français seront finalement partis en vacances cet été. Un chiffre peu éloigné des scores habituels (plutôt autour de 60%). Pourquoi ? D’une part, parce qu’après des semaines d’enfermement, il était grand temps de respirer et de pouvoir se défouler en bord de mer, en montagne, peu importe où… Pourvu que ce soit au grand air.

– Enfin, malgré les déboires économiques de certains secteurs professionnels, notamment le commerce, on parle d’une épargne de 55 milliards d’euros par les Français pendant les deux mois de confinement auxquels se sont ajoutés 20 milliards supplémentaires pendant la période de déconfinement. Le bas de laine des Français s’est donc enrichi d’un total de 75 milliards en l’espace de seize semaines (Sources : l’Observatoire français des conjonctures économiques) que certains se sont cependant empressés d’investir en vacances. Tout en faisant cependant attention à leurs dépenses. Car, ne l’oublions pas, la prudence et la sobriété comptent parmi les nouveaux comportements provoqués par l’épidémie.

 

Pour les envies de solitude et de sous tourisme, on repassera…

Josette Sicsic - DR

Josette Sicsic – DR

Parmi ces différentes motivations qui se sont conjuguées entre elles, notons-en enfin une dernière.

Il me semble que certains vacanciers de l’été 2020 ont été attirés par la possibilité de pouvoir profiter de territoires généralement saturés pendant la période estivale.

Alors que les images de capitales vides comme Venise ou Paris, ou encore Ibiza et les Canaries, ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, certains ont bien cru au miracle et imaginé que la France connaîtrait elle aussi des moments de grande tranquillité. Ce qui a été le cas pour certains petits territoires.

Mais, globalement, au moins d’août principalement, le littoral a été d’autant plus submergé que la canicule a de nouveau frappé autour du 15 août incitant les plus réfractaires à se risquer au bord de l’eau.

De mémoire de Provençaux, la Cote d’Azur a été littéralement submergée du matin au soir et même tard dans la soirée avec la vogue des pique niques nocturnes.

Oubliées les mesures de distanciation sociale. Les plages de 2020 avaient, quelques masques mis à part, un visage comparable à celui des années précédentes. Pire ! Pour visiter l’île de Porquerolles, il a fallu certains jours attendre 3 heures !

Du côté de la montagne qui s’est très bien préparée à l’accueil d’estivants en multipliant ses offres d’animation, le mois d’août a été meilleur que prévu. Le taux d’occupation prévisionnel sera en hausse de 3.8 points par rapport à la même période l’an dernier ( Sources Association nationale des maires de stations de montagne).

En Savoie Mont-Blanc particulièrement, tous les chiffres de fréquentation sont à la hausse, que ce soit aux Gets, au Grand Bornand ou aux Carroz. De quoi redonner le sourire aux directeurs de stations ébahis par leurs performances.

 

Les lendemains incertains

Bien entendu, le bilan plutôt positif des semaines passées n’occulte pas la chute faramineuse du printemps et du mois de juin.

Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee, on a compté 73% de nuitées en moins dans les hôtels de France métropolitaine.

Quant à Paris, malgré la réouverture de certains palaces, on reste très prudents. Le tourisme de congrès et séminaires est bien mal en point. Et les mises en zone rouge de la région capitale n’incitent pas à venir y faire du tourisme.

Alors, un bel été ? Oui. Mais, un été sans la visite de nos voisins ne répond guère à la vocation et aux valeurs de partage de l’industrie touristique.

Quant à la consommation/consolation, suffira-t-elle à affronter la crise économique promise ? Qu’en pensez-vous ?

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