Cette commune des Ardennes achète un hôtel à 310 000 euros et cherche un gérant

Après plusieurs mois de discussions, les élus de Rocroi ont voté l’achat de l’Hôtel du Commerce. Mais des questions se sont posées : est-ce leur rôle ? Et surtout, que faire dedans ?

Il est immanquable quand on se balade sur la place d’Armes, à Rocroi. L’Hôtel du Commerce a été acheté par la Ville.
Il est immanquable quand on se balade sur la place d’Armes, à Rocroi. L’Hôtel du Commerce a été acheté par la Ville. – N.P.

Ils ne se prennent pas pour la famille Hilton et ne comptent pas plus concurrencer le groupe Accor. Mais la ville de Rocroi sera bientôt propriétaire de son premier établissement hôtelier. Il a fallu bon nombre de discussions et des projections avant de se décider à acquérir un hôtel symboliquede la place de Rocroi. L’Hôtel du Commerce a fermé ses portes en février 2024, laissant la place d’Armes orpheline de son complexe bar-restaurant-hôtel. Alors, le conseil municipal avait émis la possibilité, en septembre de la même année, de récupérer ce lieu.

310 000€

« Nous avions évoqué lors des conseils des 12 septembre et 17 octobre, la possibilité d’acquérir l’Hôtel du Commerce, a retracé Brice Fauvarque, le premier adjoint. Le 26 août, les propriétaires indiquaient en vouloir 350 000€. Dans un courrier envoyé le 13 janvier, ils ont fixé le prix de vente à 310 000€, 300 000 pour les murs et 10 000€ pour la licence. » Une belle somme pour une collectivité, même si la ville de Rocroi n’a aucun emprunt sur le dos et dispose de finances qui se portent bien.

Surtout, la Ville met la main sur un établissement datant des années 1870 afin de relancer une activité indispensable dans la cité étoile. Le label Village étape, acquis en 2012, requiert notamment la présence d’un hôtel. « J’aurais préféré que ce soit un privé qui achète, mais il n’y a personne et les banques sont frileuses, regrette Denis Binet, le maire. Le propriétaire a eu énormément de demandes de gens intéressés par la gérance mais pas pour acheter. »

Nous, collectivité, on n’a pas d’intérêt à posséder un hôtel-restaurant. On veut juste faciliter l’installation de quelqu’un

Brice Fauvarque, premier adjoint à Rocroi

Alors la mairie, elle, se lance. Jeudi 23 janvier 2025, les élus – sauf deux qui se sont abstenus – ont validé la signature du chèque.

La reprise, elle, se justifie totalement, selon les élus. D’abord par le fait de ne pas perdre ces couchages, si précieux sur le territoire. « Si l’établissement est vendu à un particulier, il pourrait juste vouloir en faire des appartements ou du Airbnb, on ne pourra rien faire », a prévenu le maire.

Pour autant, Denis Binet n’enfilera pas la casquette d’hôtelier, Brice Fauvarque pas plus celle de cuisinier et Sylviane Bentz n’a pas vocation à superviser le ménage des chambres. « Nous, collectivité, on n’a pas d’intérêt à posséder un hôtel-restaurant, convient d’ailleurs le premier adjoint. On veut juste faciliter l’installation de quelqu’un. Le principal est d’avoir en priorité un café et un restaurant pour accueillir les touristes. »

Toute la cuisine est à refaire

C’est bien l’objectif premier des Rocroyens. Que l’établissement de 800 m² rouvre. Dans un premier temps et avant l’été, la partie restauration. « L’urgence, elle est là : un bar, un restaurant et une terrasse, abonde Denis Binet. Cet été, il n’y avait plus une terrasse à Rocroi, c’était honteux, surtout quand on est Petite cité de caractère. » Mais il faudra, là aussi, sortir le carnet de chèques. « Il faut refaire toute la partie bar et toute la cuisine. C’est sûrement de l’ordre de 100 000€. » Et de penser, ultérieurement, à investir la partie hôtel. En septembre, l’édile estimait à la louche le coût des travaux à près d’un million d’euros. On n’en est pas là. Et reste à mettre quelqu’un à la tête de tout ça. « Les porteurs de projets, il y en a », promet Brice Fauvarque. « Mais on n’a pas le droit à l’erreur sur le choix du gérant », prévient Denis Binet, contrit par les deux derniers gérants. Alors qui ? « Quelqu’un qui a déjà tenu un bar-hôtel en Belgique » s’est visiblement renseigné. Une association locale pourrait aussi être intéressée, d’après les premiers bruits de couloir. Et Rocroi compte s’inspirer de ce que réalise la commune de Renwez qui vient de racheter l’Hôtel des Voyageurs situé sur la départementale entre Cliron et Les Mazures. Avec l’ambition de rénover et de rouvrir en octobre 2025. Un meilleur exemple qu’Hilton.

Racheter un hôtel, est-ce le rôle d’une collectivité ?

Pour y répondre, vous avez 4 heures. La question a été posée par Lylian Fagis après plusieurs minutes de débat. « Je ne suis pas convaincu que l’argent public soit fait pour acheter un hôtel-restaurant », a lancé, sceptique, le conseiller d’opposition.

« Si la collectivité n’aide pas à l’installation, je ne sais pas qui le fera, sachant que les porteurs de projets ont de moins en moins de capacité de financement avec les banques », lui a répondu Brice Fauvarque.

« Ce n’est pas la priorité d’une collectivité, je suis d’accord avec toi, est aussi intervenu le conseiller municipal Eddy Lallemant. Si on ne le fait pas, la collectivité risque encore de perdre des habitants, des touristes… » « Le but du jeu est de remettre à moyen terme ce commerce à quelqu’un », a tenu à rassurer Brice Fauvarque.

Et le maire a aussi pris pour exemple plusieurs communes qui ont opté pour ce choix : Mouzon, Charleville-Mézières avec son hôtel 4 étoiles et son investissement à 13 millions d’euros. « Là, on ne joue pas dans la même cour. »

L’Hôtel du Commerce plutôt que l’Étoile de Marie

Les élus ont opté pour le rachat de l’Hôtel du Commerce plutôt que l’autre établissement hôtelier de la place d’Armes. « Il y avait les deux options », retrace Brice Fauvarque.

Et si le prix a joué – l’Étoile de Marie est à vendre mais plus cher que les 310 000€ de l’Hôtel du Commerce – l’autre argument est celui de la « capacité faible d’accueil. Il n’y a pas de restauration parce qu’ils n’ont pas de cuisine ni de salle de réception. L’Hôtel du Commerce a une capacité d’accueil supérieure à 50 places. »

Source l’Ardennais

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