Les hôteliers appellent les maires des communes à «faire appliquer la loi» pour une juste concurrence

Les hôteliers appellent les maires des communes à «faire appliquer la loi» pour une juste concurrence

 

Pas totalement contre les plateformes de locations meublées à la nuitée, l’Union des métiers et des industries hôtelières dénonce en tout cas une concurrence déloyale et demande aux maires des communes de faire appliquer la loi, pour «un juste retour des obligations».

 

Les hôteliers appellent les maires des communes à «faire appliquer la loi» pour une juste concurrence
C’est avec des exemplaires du «guide pratique à l’attention des collectivités pour contrôler avec efficacité les locations meublées à la nuitée» que le point presse a débuté lundi en fin de matinée dans les locaux de l’UMIH de Côte-d’Or. Les représentants de l’Union départementale des métiers et des industries hôtelières accueillait notamment Laurent Duc, président des hôteliers de l’UMIH nationale.
En février de cette année, l’UMIH nationale a lancé sa deuxième campagne de sensibilisation auprès des maires, non seulement pour les interpeller sur la concurrence à laquelle ils doivent faire face quant à la multiplication des locations meublées à la nuitée, mais aussi et surtout pour «faire appliquer la loi», insistent-ils, mobilisés depuis la loi ALUR de mars 2014. L’Union a engagé un Tour de France en ce sens peut-on dire.

La procédure de changement d’usage pour un cadre légal renforcé

Tout début avril, nous avions relaté plusieurs problématiques soulevées par l’UMIH de Côte-d’Or lors de son assemblée générale (retrouvez notre article en cliquant ici). Il était notamment demandé au maire de Dijon de s’engager sur l’adoption en conseil municipal d’une procédure d’enregistrement auprès de la municipalité des logements estampillés Airbnb et autres plateformes, afin d’être «dans les clous» et de clarifier l’offre de logement sur la ville, de même que la concurrence…
Dans le guide évoqué, l’UMIH et le Groupement national des chaînes hôtelières disent aussi qu’est avant tout nécessaire une procédure de changement d’usage du bien loué, en faisant le point sur trois cas possibles.
Celle-ci vise les loueurs dont les meublés (hors résidence principale) sont loués de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage. Avec le changement d’usage, dont les critères d’autorisation sont fixés par le maire de la commune et autorisés ou non ensuite par la préfecture, ces loueurs pourront effectuer ces pratiques mais «dans un cadre plus réglementaire et plus juste vis à vis de l’hôtellerie» selon l’UMIH, en avançant aussi que les municipalités s’y retrouveraient également dans la taxe de séjour et les amendes de plusieurs milliers d’euros en cas d’annonce ne respectant pas le cadre légal imposé. L’UMIH renvoie donc les collectivités à son guide pratique (à télécharger en cliquant ici). «Aujourd’hui, la loi et les sanctions existent, il est impératif que les villes s’en saisissent !».

«Dijon est un refuge de locations meublées touristiques»

Sans plus de réglementation, Laurent Duc dénonce «un scandale, une escroquerie». Autour des données livrées lors de la conférence de presse, le président des hôteliers de l’UMIH nationale ajoute : «Dijon est un refuge de locations meublées touristiques».
En s’appuyant sur les relevés du logiciel Trackeet, l’UMIH souligne que «depuis septembre 2018, le cumul des annonces actives visibles sur les principales plateformes locatives donne une offre de 6.878 biens uniques disponibles en Côte-d’Or».
2.253 de ces biens le sont à Dijon, dont 1.423 via Airbnb (63 % des meublés), 321 sur Abritel et 227 via Booking. 35 % des annonces sont disponibles à la location plus de 6 mois et 18 % des loueurs sont multipropriétaires sur Airbnb… En face, on compte 37 hôtels classés à Dijon, pour 2.037 chambres et une capacité d’accueil de 3.359 personnes.
995 annonces actives sur les plateformes concernent des biens à Beaune, dont 448 via Airbnb (45 % des meublés). 58 % des annonces sont disponibles à la location plus de 6 mois et 28 % des loueurs sont multi-propriétaires sur Airbnb… En face, 37 hôtels sont classés, pour 1 637 chambres et une capacité d’accueil de 3.891 personnes.

«La concurrence est déloyale»

Sur le département de la Côte-d’Or, l’UMIH note, selon les données d’Atout France, 164 hôtels classés pour 6.089 chambres. Et pour étayer encore leurs propos, les représentants de la branche hôtelière de l’UMIH ciblent Airbnb en livrant la comparaison suivante sur la taxe de séjour : «360 millions d’euros de taxe collectée sur les hôtels et les résidences de tourisme, contre 24 millions d’euros pour Airbnb. En 2017, Airbnb a payé 167 000 euros d’impôts pour un chiffre d’affaires estimé à 200 millions d’euros (source : Libération)».
Clairement pour l’UMIH, «la concurrence est déloyale». Et Laurent Duc insiste : «La procédure du changement d’usage, c’est le juste retour des obligations. Et puis qui a inventé la réservation en ligne ? Ce n’est pas Airbnb, ce sont les hôteliers !».

«On est à un an des municipales et c’est peut-être délicat pour les maires de prendre des décisions»…

Alors que 464 locations meublées sont déclarées à Beaune, sur 995 on l’a dit, la municipalité, ayant déjà adopté la mise en place d’une procédure d’enregistrement, assure par la voix de la conseillère municipale Anne Dierickx qu’une réflexion d’évoluer vers une procédure de changement d’usage est intégrée à la révision de son Plan local d’urbanisme. Pour la ville de Dijon, où seulement 620 locations meublées évoquées sont déclarées (sur 2.253 on le rappelle), l’élue municipale Sladana Zivkovic n’a pas confirmé ouvertement la mise en place prochaine d’une procédure d’enregistrement au motif que le dossier sur les transferts de compétences entre collectivités, et notamment la question du tourisme, fait que la démarche est retardée, même si la représentante de la municipalité s’est montrée à l’écoute des problématiques répétées.
«On est à un an des municipales et c’est peut-être délicat pour les maires de prendre des décisions», a lâché d’un point de vue plus général Laurent Duc, ayant en quelque sorte du mal à comprendre les tergiversations quant à des questions et des rapports mettant en péril l’activité hôtelière.

Les présidents de l’UMIH répondent à Airbnb…

Dans un communiqué mi-avril suite à notre compte-rendu de l’assemblée générale de l’UMIH 21 (à retrouver en cliquant ici), le Club de la communauté Airbnb avait défendu sa pratique et notamment argumenté sur le fait que de telles locations correspondent à de nouvelles demandes des touristes, trouvant des solutions moins chères qu’en hôtels… Réponse de Patrick Jacquier, président de l’UMIH 21 : «La première chose que l’on vend, c’est un service. On ne peut pas être totalement contre cette concurrence car ça participe à l’attractivité touristique, mais la grande différence, ce sont nos services rendus autour de la nuitée, par rapport au non-service d’Airbnb… Aujourd’hui, comme dans toutes les branches, on innove et il y a une variété de types d’hôtels, pour tous». Et Laurent Duc ponctue : «Je n’ai pas qu’un matelas et des draps à mettre à disposition… Ça fait 32 ans que je suis dans l’hôtellerie. J’aime mon métier et j’ai des clients qui aiment mon service. Là, on est en train de mettre mon métier à la poubelle».
Une problématique d’autant plus cruciale pour l’UMIH sachant que les métiers sont en tension dans le domaine de l’hôtellerie (recrutements compliqués) et que, dans un registre disons collatéral, la non-régulation du marché des locations meublées à la nuitée engendre des difficultés de logement pour les employés de ces entreprises.

Alix Berthier
Photos : Alix Berthier

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