Japon : l'architecture moderniste en péril ?

C'était notre 1er séjour à Tokyo et on nous avait conseillé de séjourner au Okura. Lorsque vous poussez les portes de l'hôtel vous êtes chaleureusement accueilli par le personnel (un voiturier, le portier, le bagagiste, les réceptionnistes et enfin la personne qui vous accompagne en chambres) et surtout vous faites un retour dans le temps. Le hall est sublimé par l'utilisation du bois et le lustre géant. Nous avons été surclassé en junior suite dont la superficie est très au-dessus des standards pratiqués à Tokyo et surtout le style japonisant est des plus agréables. La petite touche sympa, ce sont les origamis posés sur nos oreillers.

Japon : l’architecture moderniste en péril ?

 

La marque de luxe italienne, Bottega Veneta, milite depuis plusieurs mois pour la sauvegarde de monuments d’après-guerre à Tokyo, menacés de disparition à l’approche des Jeux Olympiques.
La Maison Bottega Veneta, et son directeur artistique Tomas Maier, se sont lancés dans un vaste projet de soutien à la sauvegarde du patrimoine architecturale japonais. De nombreux monuments et bâtiments d’après-guerre sont menacés d’être détruits ou métamorphosés dans le cadre des prochains Jeux Olympiques, attendus en 2020 dans la capitale nippone. Lieu pourtant emblématique de Tokyo, l’hôtel Okura s’apprête à fermer ses portes d’ici août prochain, après cinquante-trois ans d’existence. Un établissement que le créateur Tomas Maier a visité lors de son premier séjour au Japon au milieu des années 1980, et qui a suscité sa curiosité pour le modernisme architectural japonais.

Japon : l'architecture moderniste en péril ?

Construit en 1962 pour accueillir les Olympiades deux ans plus tard dans la ville, l’hôtel Okura se veut le témoignage d’un Japon en pleine reconstruction. « Il s’agit d’un véritable héritage culturel, dont la disparition représenterait une perte pour les générations à venir », explique le directeur artistique Tomas Maier. Le lieu, imaginé par les architectes Yoshiro Taniguchi, Hideo Kosaka, Shiko Munakata, et Kenkichi Tomimoto, a conservé, au fil des années, sa décoration d’origine, dont sa composition florale en ikeban dès le hall d’entrée, et ses grandes lanternes suspendues au plafond. Un cadre qui a séduit de nombreux romanciers et cinéastes puisque James Bond y a séjourné en 1964, dans le roman de « You Only Live Once » de Iam Flemming, tandis que Cary Grant y a foulé le hall d’entrée, deux ans plus tard, dans le film « Rien ne sert de courir » de Charles Walters.

Japon : l'architecture moderniste en péril ?

Le lieu est amené à disparaître d’ici 2019, pour se transformer en un nouvel hôtel, abritant 550 chambres de luxe. Le magazine d’information, Monocle, s’est également opposé au projet, en lançant, l’année dernière, une pétition en ligne : « Le changement et la construction de nouveaux bâtiments font partie du développement de Tokyo et contribuent à sa vitalité. Mais ces projets doivent-ils forcément porter préjudice au patrimoine de la ville, à son histoire et à son identité ? », explique la publication.
D’autres monuments d’architecture moderniste, à l’instar du Nissay Theatre – au plafond recouvert de perles d’huîtres – sont également menacés de démolition ou de transformation dans un futur proche. Le plus grand stade de la ville, construit pour les Jeux-Olympiques de 1964 et imaginé par Mitsuo Katayama, s’apprête notamment à être métamorphosé, par l’architecte irako-britannique Zaha Hadid (prix Pritzker 2004). Ce nouvel édifice, destiné à accueillir la Coupe du monde de rugby en 2019 et les prochaines Olympiades un an plus tard, est vivement contesté, par son coût, plus d’un milliard d’euros, et par sa forme, rappelant pour beaucoup celle d’un « vaisseau futuriste ».
De nombreux architectes ont fait savoir leur mécontentement, dont Fumihiko Maki ou encore Toyo Ito, qui ont appelé à renoncer au projet. La destruction et la transformation de ces bâtiments, devenus des témoignages du patrimoine architectural de la ville, soulèvent de nombreuses inquiétudes parmi les défenseurs du modernisme japonais, qui redoutent l’après Jeux-Olympiques, prenant exemple sur les infrastructures construites il y a sept ans à Beijing et aujourd’hui laissées à l’abandon.
Cécilia Delport

 

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