«J’ai dû vendre mon appartement» : les extras de l’hôtellerie-restauration, oubliés de la crise du Covid

«J’ai dû vendre mon appartement» : les extras de l’hôtellerie-restauration, oubliés de la crise du Covid

«J’ai dû vendre mon appartement» : les extras de l’hôtellerie-restauration, oubliés de la crise du Covid

 

Maître d’hôtel travaillant en extra, Thierry n’a plus aucun revenu, en raison de la crise économique. Le statut d’extra permet de bénéficier de quelques mois de chômage, mais pas autant que les intermittents du spectacle. Ils sont «les oubliés».

«J’ai dû vendre mon appartement» : les extras de l’hôtellerie-restauration, oubliés de la crise du Covid

Maître d’hôtel travaillant en extra, Thierry n’a plus aucun revenu, en raison de la crise économique. Le statut d’extra permet de bénéficier de quelques mois de chômage, mais pas autant que les intermittents du spectacle. Ils sont «les oubliés».

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les « extras » de la restauration comptent leurs jours. Ces hôtesses, cuisiniers ou maîtres d’hôtel n’ont pas de CDI, mais permettent à des hôtels d’ajuster les effectifs lors de grands événements comme des salons, mariages ou cocktails où ils assurent le service ou la cuisine… Et sur leurs groupes de discussions, ces extras qui travaillent souvent en équipe auprès des mêmes traiteurs, se donnent des nouvelles : « Dans neuf jours, je n’ai plus aucune indemnité et vous, vous en êtes où? » soupirait Gilles mi-octobre. Plusieurs de ses amis sont déjà en fin de droits depuis quelques semaines et vivent du RSA.

« Même les mieux lotis comme moi vont vite arriver au bout », souligne Thierry Claudios, qui travaille en tant que maître d’hôtel, mais endosse aussi le rôle de manager en donnant de nombreuses missions à d’autres. « D’habitude, je fais travailler 20 à 30 personnes par semaine, reprend-il. Mais en ce moment j’ai une ou deux missions hebdomadaires (NDLR : qui durent 6 heures mais auxquelles peuvent s’ajouter des heures supplémentaires), que j’assure tout seul. » Depuis 2014 et une réforme de leur statut d’intermittent, la profession a rejoint le régime général. Et en 2017, le mode de calcul a été à nouveau modifié en défaveur des extras de la restauration.

«Depuis octobre je n’ai plus droit à rien»

« Habituellement, je gagne environ 3 200 euros par mois », confie un autre Thierry, âgé, lui, de 49 ans et papa de deux filles dont il a la garde alternée. Cela correspond à près de 150 heures de missions mensuelles. « Souvent des petits-déjeuners ou des cocktails dans les ministères ou des entreprises, et ma journée peut commencer à 6 heures le matin et finir le lendemain à 2 heures en pleine nuit », relate-t-il.

Thierry a dû vendre son appartement pour continuer à vivre.

Mais en mars avec la pandémie, tout s’est arrêté. « J’ai eu seulement six missions ce mois-là, puis presque plus rien : huit d’avril à octobre », confie-t-il, totalement désabusé. En mars, son régime de compensation a donc pris le relais. « Je bénéficiais de 150 jours d’indemnités, détaille Thierry, ce qui peut suffire pour tenir un an et demi ou presque deux ans en temps normal. »

Mais là, tout a été consommé en moins de six mois. « J’ai touché 1 700 euros jusqu’en septembre, et depuis octobre je n’ai plus droit à rien, alors qu’à côté de ça les intermittents du spectacle bénéficient d’une année blanche et voient leurs droits prolongés. Mais pas nous, c’est écœurant! », peste Thierry qui va désormais percevoir le RSA. « Le gouvernement dit qu’il n’oubliera personne, mais si : nous, nous sommes les oubliés. Et pourtant certains d’entre nous servent encore ces messieurs à l’Elysée ou dans les ministères en ce moment », s’agace-t-il.

«On ne sait pas quand on pourra retravailler»

Pour traverser cette galère, Thierry a d’abord vendu sa voiture. Mais cela n’a pas suffi. « J’avais acheté mon appartement à Fresnes (Val-de-Marne) il y a vingt ans et j’ai dû me résoudre à le revendre pour avoir un peu d’argent pour vivre durant les prochains mois, car on ne sait pas quand on pourra retravailler, commente le maître d’hôtel. C’est un crève-cœur. Mes enfants en ont pleuré. C’est là qu’ils sont nés, qu’ils ont appris à marcher, parler… »

Il a signé la vente voici une semaine. « Je cherchais un logement plus petit avec une chambre de moins, décrit Thierry. Mais mes demandes dans le social n’ont pas abouti, malgré mes visites en mairie de Châtenay (Hauts-de-Seine) ou Fresnes. J’ai fini par trouver un dans le privé, soupire Thierry qui a eu peur de se retrouver à la rue. Seulement, le loyer de 1 100 euros va rapidement réduire à néant les 60 000 euros dégagés de la vente de son bien immobilier une fois le prêt immobilier liquidé. « Ce qui me permet encore de tenir, ce sont mes deux filles, souffle Thierry. C’est dur pour nos proches. Je vois la détresse de ma mère. C’est inimaginable ce qu’on ressent… »

Une situation loin d’être unique

D’autres extras ont vendu tous leurs vêtements sur des sites Internet pour pouvoir payer leur loyer. Yves, 44 ans, est retourné vivre chez sa mère pour survivre. En fin de droits depuis quelques jours, Arnaud, 42 ans, a, lui, réussi à dénicher un travail de manutentionnaire en intérim. « C’est précaire, mon CDD est renouvelé chaque vendredi et je gagne deux fois moins qu’avant, mais je n’avais plus le choix, il faut bien payer l’électricité et le reste, car le mouvement des Gilets jaunes avait déjà un peu réduit le nombre de prestations en 2019, avance ce père de famille qui vit à Puteaux et porte désormais des cartons toute la journée. Là, comme ma femme travaille, je n’avais même pas droit au RSA. Rien. Pas un centime. Alors que j’ai toujours payé des impôts et travaillé depuis plus de vingt ans. C’est injuste. »

Les extras de la restauration ont organisé quelques manifestations ces derniers mois. Ils étaient 800, en costard et nœud papillon à Paris, le 24 juin. En vain. « On n’aime pas casser, on est trop discrets sans doute, cela vient de notre métier », relate Thierry Claudios qui a créé une association pour regrouper ces employés de l’événementiel qui seraient près de 5000 en Ile-de-France. « Si tout le monde change de voie et trouve un autre travail, je ne sais pas comment ils feront pour organiser leurs Jeux Olympiques en 2024 sans nous », relance Arnaud.

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