"Gourmet bag" : un label pour éviter les gaspillages

Ce samedi soir, trois amies se régalent au Lucia, petit restaurant italien du 5e arrondissement de Paris. Les plats sont.....

“Gourmet bag” : un label pour éviter les gaspillages

Ce qui pose problème dans cette démarche, c’est que des aliments partent du restaurant sans respecter la chaine du froid, alors que les restaurateurs sont suivis à la trace et hyper contrôlés.

"Gourmet bag" : un label pour éviter les gaspillages

Ce samedi soir, trois amies se régalent au Lucia, petit restaurant italien du 5e arrondissement de Paris. Les plats sont délicieux mais copieux, si bien que les jeunes femmes regrettent de ne pas en venir à bout. Elles évoquent à voix basse la possibilité de partir avec leurs restes quand le patron leur propose spontanément un “doggy bag” : “Les clients prennent des antipasti bien copieux et ils calent sur le reste du repas. Comme ils n’osent pas le demander, je leur propose et leur remets barquette et sac adapté quand ils s’en vont”, explique-t-il. Pour lui, cette pratique est devenue un réflexe. Depuis longtemps entrée dans les moeurs aux Etats-Unis, elle commence à s’installer en France, malgré les réticences. “Je n’ose toujours pas en demander dans certains restaurants chics”, admet Colline Dussey, 26 ans, doctorante. Nicolas Raghavan, fonctionnaire territorial âgé de 48 ans, n’hésite jamais à en réclamer un lorsqu’il va “dans un chinois du 13e ou de Belleville ou un italien “populaire””. Mais il raconte avoir été confronté à la moue réprobatrice du serveur d’un restaurant du boulevard Montparnasse, à Paris. “L’image que vous donnez est très mauvaise quand vous êtes dans un restaurant dit de qualité, regrette-t-il. A croire que jeter et gaspiller finit par être un signe de distinction.”

Mickaël Aniot, responsable de la brasserie Flo, à Paris, reconnaît ne pas proposer spontanément de “doggy bag“, mais assure ne pas se faire prier lorsque les clients en font la demande. “C’est devenu beaucoup plus courant depuis un an, à raison d’environ cinq clients par semaine. Comme on est équipé en barquettes, cela ne nous gêne pas”, témoigne le restaurateur, pour qui la popularité croissante de cette pratique découle de la crise. Aux Trois Maries à Lyon ou La Ducasse à Lille répondent aussi positivement aux clients souhaitant repartir avec la fin de leur assiette. A Bordeaux, la Brasserie bordelaise explique le faire pour une dizaine de couverts sur 400 chaque soir. Sans compter qu’elle propose aussi les os pour Médor… De quoi revenir au sens premier du “doggy bag“.
“Pourquoi est-il plus gênant d’emporter ses restes que de les laisser gaspiller ?”, interroge le sociologue Claude Fischler. D’autres spécialistes de l’alimentation telle Marie Kerouedan questionnent le lien entre un aliment partiellement consommé et la notion de déchet. “A la maison on accommode facilement des restes, remarque-t-elle. Peut-être faudrait-il que la restauration modifie son approche, en proposant des portions réduites ou en indiquant d’emblée qu’il est possible d’emporter ses restes.” En France, selon des estimations, sur chaque repas qu’une personne prend au restaurant, entre 210 et 230 grammes de nourriture sont perdus.

LUTTE CONTRE LE GASPILLAGE ALIMENTAIRE

A l’occasion du 16 octobre, journée nationale contre le gaspillage alimentaire, Lyon, capitale de la gastronomie, lance une initiative anti-gaspillage, innovante, et responsable. Celle-ci consiste en la proposition d’un gourmet bag (le doggy bag à la française) à la clientèle des restaurants.

La campagne du gourmet bag, portée par le ministère de l’Agriculture et pilotée en Rhône-Alpes par la DRAAF* est officiellement lancée en avant-première avec le soutien de l’Umih et l’engagement de 7 restaurateurs lyonnais. Elle s’inscrit dans le cadre du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire mis en place en juin 2013 par le ministère de l’Agriculture. Le gourmet bag a également bénéficié du soutien et du relais du Synhorcat, des grossistes alimentaires Brake et Metro cash & carry, de la start-up lyonnaise Take Away, du blog Restauration21 et du magazine en ligne Lyonresto. Du côté institutionnel, le projet peut compter sur l’implication de l’Ademe Rhône-Alpes, de La ville de Lyon, des CCI de Lyon et de Nice, du syndicat de traitement des déchets vosgien Sicovad, de l’Institut Paul Bocuse et de l’Association française des lycées de l’hôtellerie et du tourisme.

Cette démarche novatrice sera portée par les acteurs territoriaux, rebaptisés pour l’occasion « Les Ambassadeurs ». Ainsi, en Rhône-Alpes, ce sont près de 3 000 organisations professionnelles, chambres de commerce et chambres des métiers, associations, collectivités territoriales et syndicats de traitement des déchets qui seront associés pour relayer cette campagne auprès des consommateurs et des restaurateurs.
Alors qu’en France, cet usage se heurte encore à de nombreux freins, principalement culturels, la campagne de communication vise à instaurer le gourmet bag comme un geste anti gaspi naturel et comme un enjeu collectif dans notre pays de gastronomes. Des outils gratuits et libres sont ainsi mis à la disposition de tous les acteurs souhaitant encourager cette pratique. L’opération devrait dans les semaines à venir être relayée sur l’ensemble du territoire.
Le gourmet bag en ligne www.gourmetbag.fr

* Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt.

http://gourmetbag.fr

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