« C’est une gangrène qui est en train de nous dévorer » : des femmes de chambre témoignent de leur quotidien

« C’est une gangrène qui est en train de nous dévorer » : des femmes de chambre témoignent de leur quotidien

 

 

Franceinfo a recueilli le témoignage de salariées qui s’occupent du ménage dans les hôtels, alors que la secrétaire d’État Marlène Schiappa souhaite améliorer les conditions de travail des employées sous-traitées.

"C'est une gangrène qui est en train de nous dévorer" : des femmes de chambre témoignent de leur quotidien

Les conditions de travail des femmes de chambre se sont dégradées depuis 2003. | FRANCK FIFE / AFP

« L’hôtel voulait faire des économies, alors ils ont fait appel à de la sous-traitance. On n’a pas compris, mais on a signé. C’est après qu’on s’est rendu compte que ça n’allait pas, ils ont tout changé », confient sur franceinfo Sonia et Lydia, qui travaillent depuis plusieurs années dans un hôtel du 8e arrondissement de Paris. Elles ont vu leurs conditions de travail se dégrader à partir de mai 2013, quand elles sont passées d’employées de l’hôtel à sous-traitantes.

C’est précisément ce secteur des prestataires de service pour le nettoyage des hôtels que Marlène Schiappa rencontre mercredi 3 juillet. La secrétaire d’État chargée de l’égalité hommes/femmes souhaite discuter des mesures à mettre en place pour améliorer le quotidien des employées sous-traitées dans les hôtels.

Des conditions de travail qui se sont dégradées

Lydia et Sonia racontent ce changement de contrat, qui a détérioré leur quotidien : « Aujourd’hui, il y a des gens qui viennent travailler seulement pour cinq, six, sept heures. Avant, on avait huit heures de travail, c’était tous la même durée. Et puis on fait des heures sup’ qui ne sont jamais payées. »

On doit partager nos ‘fériés’ : depuis qu’on est passé à la sous-traitance, si on gagne 80 euros ces jours-là, ils en prennent 40, ce n’était pas le cas avant. Lydia, femme de chambre pour un prestataire de serviceà franceinfo

Lydia et Sonia se plaignent de leurs paies : 1 300 euros nets par mois, pour une cadence infernale au quotidien. Souvent, les deux femmes n’ont que sept heures pour faire 12 chambres. « Tous les jours, il y a beaucoup de départs. Avant, la gouvernante s’arrangeait pour nous donner moins de chambres les jours de grands départs, expliquent les deux employées.Aujourd’hui, on nous dit de bouger, d’aller ici, d’aller là, de courir là-bas pour gérer un départ alors qu’on est en train de faire une chambre… On dit oui à tout pour avoir la paix. Une fois, j’ai dit non : le lendemain, c’était la guerre. »

Je suis épuisée, fatiguée, vraiment je n’en peux plus. Je n’arrive même plus à marcherLydia, femme de chambreà franceinfo

Lydia et Sonia témoignent d’une vraie fatigue nerveuse, et de leurs corps qui lâchent : « Je suis tombée malade à cause du travail. C’est une gangrène qui est en train de nous dévorer. Avant, je bougeais comme une flèche. Maintenant, j’ai du mal à me baisser. »

Celui qui a inventé la sous-traitance, qu’il aille au diableSonia, femme de chambreà franceinfo

Les deux femmes sont au bout, quand on leur demande pourquoi elles ne changent pas de travail, elles répondent simplement qu’à 50 ans passés, elles pourront difficilement retrouver du travail ailleurs.

 

Source  France Infos

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