Recruter une personne sourde ou muette est souvent perçu comme un obstacle pour les entreprises. À Hendaye, au Pays basque, un restaurant prouve le contraire : après l’arrivée de Fred Lafaurie, tous ses collègues ont pris des cours de langue des signes pour l’intégrer au mieux dans l’équipe.

Un signe de la main suffit pour préciser l’assaisonnement d’une pièce de bœuf en cuisson. À l’heure du coup de feu au Ttiki Baci, les consignes sont passées dans le silence. Depuis l’arrivée de Fred Lafaurie dans les cuisines de ce restaurant d’Hendaye, il y a cinq ans, toute l’équipe s’est mise à échanger en langue des signes. Diplômé de l’école hôtelière, ce dernier est sourd de naissance. Un handicap qui ne l’a pas empêché de trouver sa place ici.
« On faisait des mimes »
Les dialogues ont débuté par des mots écrits sur un tableau et l’apprentissage de quelques signes. « Des gros mots, comme dans toutes les langues », s’amuse le patron Bixente Toyos, à l’origine de cette inclusion réussie. Pour mieux se comprendre et perfectionner ce langage, le gérant du restaurant a décidé de faire appel à une interprète. Les employés ont suivi des cours tous ensemble, à raison de deux fois par mois.
Recruter une personnes sourde ou muette est souvent perçu comme un obstacle pour les entreprises. A Hendaye, un restaurant prouve le contraire. Après l’arrivée de Fred Lafaurie, tous ses collègues ont pris des cours de langue des signes. Une intégration réussie et exemplaire. •©Emmanuel Clerc / Fabien Cordier / Brigitte Sandeaux-Cadet
Au début, la communication était difficile : on faisait des mimes, on écrivait des mots sur un tableau… On a essayé comme ça.
Fred Lafaurie

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Recruter une personnes sourde ou muette est souvent perçu comme un obstacle pour les entreprises. A Hendaye, un restaurant prouve le contraire. Après l’arrivée de Fred Lafaurie, tous ses collègues ont pris des cours de langue des signes. Une intégration réussie et exemplaire. •©Emmanuel Clerc / Fabien Cordier / Brigitte Sandeaux-Cadet
On parle déjà beaucoup avec les mains, on montre avec les doigts. La langue des signes devrait être la langue universelle. Nous, on l’a fait naturellement.
Aujourd’hui, les interactions sont beaucoup plus fluides, voire facilitées. « Au début, je pensais que ça allait me freiner. Le fait de courir derrière Fred, lui taper sur l’épaule, lui dire ce que je veux. On pense que c’est une perte de temps, plutôt que de crier, mais pas du tout, raconte Maïka Duhalde, l’une des employés. Au final, à travers les vitres, on arrive à communiquer au loin. »
Dubitative lorsque son patron lui a proposé, la jeune femme s’est désormais tellement habituée à la pratique qu’elle ne peut s’empêcher d’agiter les bras en parlant. « Des fois, je discute avec mes parents et j’ai les mains qui bougent. Inconsciemment. Ils rigolent et me disent : tu parles tout le temps avec les mains. C’est en nous », sourit la serveuse.
Nombreux refus
Pourtant, peu d’employeurs acceptent de faire cet effort. Fred Lafaurie a essuyé beaucoup de refus avant de trouver cet emploi en restauration. « Dans les entreprises, l’apprentissage de la langue des signes est très rare. Quand ils veulent faire appel à des interprètes, ils pensent que cela coûte très cher… Il y a beaucoup obstacles pour que les sourds puissent communiquer avec les entendants. Ce n’est pas facile pour nous », confie-t-il.
C’est en échangeant avec Bixente Toyos, dont il était un client fidèle au Ttiki Baci, que les deux hommes se sont mutuellement convaincus qu’ils pouvaient travailler ensemble et que cela pourrait même être bénéfique.
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Avant d’être recruté au Ttiki Baci, Fred Lafaurie (à gauche) peinait à trouver un emploi dans la restauration à cause de son handicap. • © Fabien Cordier / France Télévisions
Début juin, le Ttiki Baci a été récompensé par la CCI de Bayonne d’un « Makilaks de l’économie » pour saluer cette inclusion exemplaire. « Je suis très fier de travailler avec cette équipe aujourd’hui. Que l’on ait gagné ce prix, que l’on ait appris la langue des signes. C’est incroyable », se réjouit Fred. Maïka confirme : « On est comme une petite famille, très liés, présents les uns pour les autres. »



