Quand la prostitution pourrit la vie des hôtels low-cost : « On se sent complètement démunis »

Isolés des centres-villes, plantés au milieu des zones d’activités, les hôtels dits « économiques » sont ciblés par les proxénètes, désireux d’y exercer en toute discrétion. Les gérants sont confrontés à un phénomène difficile à contrecarrer.

Houssem était en vacances quand « c’est arrivé ». Gérant de l’hôtel First Eco à Épinay-sur-Orge (Essonne), le jeune homme est, à son retour de congé en mai, apostrophé par ses collègues : « Ils m’ont désigné une chambre. Chaque jour, le gars réservait une nuit de plus. Mes collègues voyaient parfois une jeune fille avec lui, ils trouvaient ça louche. J’ai décidé d’aller le voir. »

« C’est en progression partout comme les trafics de drogue »

Pour la Fondation Scelles, qui lutte contre la prostitution sous toutes ses formes, la situation n’a rien de surprenant. « Depuis déjà une dizaine d’années, avec la loi sur la pénalisation des clients, on a vu les courbes de la prostitution de rue et la prostitution logée s’inverser, explique Frédéric Boisard, chargée de communication. Aujourd’hui, la prostitution logée est majoritaire et c’est lié aussi à une forme d’ubérisation de ce secteur où tout passe par le net de la commande à la facturation. Ce qui complique évidemment le travail de la police ».

La Fondation Scelles estime qu’aujourd’hui toutes les villes de France, y compris en milieu rural, sont concernées par ce phénomène de prostitution logée. « C’est en progression partout comme les trafics de drogue » insiste Frédéric Boisard. « On l’oublie souvent, mais le moteur de tout ça, ce n’est pas le sexe, c’est l’argent. Et aujourd’hui, cette prostitution logée rapporte beaucoup. »

Quand les filières se cachent derrière les plateformes de location

Pour les services de police, il est de plus en plus compliqué de remonter ces filières de prostitution logée. « Les filières ont des standards à l’étranger que l’on a du mal à cibler » avoue Philippe Dejean. « D’autre part, la majorité des réseaux passe par des locations d’appartements via la plateforme Airbnb. Or, elle ne veut pas coopérer avec nous et ne répond pas à nos réquisitions« . les locations Airbnb ont augmenté de 32% l’an dernier. Faut-il y voir un lien avec le phénomène de prostitution logée ? « Pour nous, il n’y aucun doute là-dessus »explique Frédéric Boisard, « Airbnb est concerné, mais aussi Booking. Ils ont une part de responsabilité dans ce qui se passe partout en France ».

Code pénal – art. 225-10 (extraits) : « Est puni de (…) le fait, par quiconque, agissant directement ou par personne interposée, détenant, gérant, exploitant, dirigeant, faisant fonctionner, finançant ou contribuant à financer un établissement quelconque ouvert au public ou utilisé par le public, d’accepter ou de tolérer habituellement qu’une ou plusieurs personnes se livrent à la prostitution à l’intérieur de l’établissement ou de ses annexes ou y recherchent des clients en vue de la prostitution. »
Bien que dressé voilà une douzaine d’années, ce constat conserve pertinence et actualité : « La prostitution touche tous les segments de l’hôtellerie. À hôtellerie économique, prostitution économique. À hôtellerie haut de gamme, prostitution de luxe. »

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