Pourquoi tant de filles dans "Top chef" ?

Pourquoi tant de filles dans « Top chef » ?

Pourquoi tant de filles dans « Top chef » ?

 

Pour sa dixième saison, l’émission accueille dans ses rangs cinq candidates. Un nombre bien supérieur à celui des années précédentes… Enquête dans les coulisses du concours culinaire, où la parité ne semble pas indispensable à la recette.

 

Pourquoi tant de filles dans "Top chef" ?

Camille, Alexia, Fanny (éliminée), Anissa et Marie-Victorine sont les candidates de « Top Chef » 2019. © Marie ETCHEGOYEN/M6

Camille, Alexia, Fanny (éliminée), Anissa et Marie-Victorine sont les candidates de « Top Chef » 2019. © Marie ETCHEGOYEN/M6

 

Alexia, jeune Franco-Anglaise qui a épaté le jury dès la première épreuve ; Fanny, qui a gravi les échelons de son restaurant en apprenant tout aux côtés d’un ancien de « Top chef« , Ludovic Turac ; Camille, apprentie repérée par Philippe Etchebest dans « Objectif Top chef » ; Anissa, sous-chef au mental d’acier venant de palaces 5 étoiles ; Marie-Victorine, chef qui mise autant sur le goût que sur la technique… Il y avait bien longtemps que « Top chef » avait accueilli parmi ses candidats autant de filles déterminées ! A titre comparatif, on en dénombrait à peine trois dans chacune des quatre saisons précédentes… Un vent de féminisme soufflerait-il sur le concours culinaire, à l’instar de la récente élection de Miss France, sur TF1, qui avait exclusivement convié des femmes dans son jury ?

« C’est un heureux hasard, mais il ne s’agit pas d’une volonté particulière d’avoir plus de filles cette année dans “Top chef”« , explique Virginie Dhers, directrice des programmes de la société de production Studio 89. « A l’issue des castings, plus de femmes sont sorties du lot cette saison.« 

« Cette année, beaucoup plus de filles se sont présentées aux castings« , poursuit Stéphane Rotenberg. « Sans doute qu’aujourd’hui, leurs chefs les encouragent davantage à s’inscrire, peut-être parce que Fanny Rey (finaliste de la saison 2) a été récemment étoilée et que Stéphanie Le Quellec (lauréate de la saison 2) a participé au concours du Meilleur Ouvrier de France. Chaque année, les femmes, même si elles ne gagnent pas, marquent le programme. »

Pourquoi tant de filles dans "Top chef" ?

« On n’aura jamais un casting 50 % hommes 50 % femmes »

Pourtant, en coulisses, dénicher des cuisinières jeunes et performantes est loin d’être simple : les filles représentent environ 10 % des candidatures spontanées de « Top chef« , ce qui nécessite d’en sélectionner d’autres sur le terrain. « Cette année, l’émission accueille 30 % de femmes dans le casting : elles sont davantage représentées dans notre concours que dans le milieu de la cuisine« », pointe Stéphane Rotenberg. Une réalité de terrain confirmée par l’Institut Ilon Saint-Jacques de Namur, qui a déjà accueilli parmi ses élèves quatre candidats de « Top chef » : « Notre option hôtellerie et restauration est plus masculine que les autres. On dénombre 75 % de garçons et 25 % de filles parmi nos inscrits. » « Voilà pourquoi, parmi les candidats du concours, on n’aura jamais un casting 50 % hommes 50 % femmes« , assure l’animateur.

Pourtant, dans la version américaine de l’émission, la parité est la plupart du temps respectée. « Pour le métier, il serait positif qu’on voie autant de femmes que d’hommes à la télé« , lance le chef étoilé Yannick Alléno. « On ne sélectionne pas des filles juste pour que ça fasse beau sur la photo« », rétorque la production. « Si elles n’ont pas le niveau, elles ne resteront pas dans “Top chef”… »

Deux candidats développent, eux, une théorie un peu différente pour expliquer le peu de filles dans le programme : « Combien de candidates se sont fait dégommer sur les réseaux sociaux simplement parce qu’elles avaient du caractère ? » s’interroge Norbert Tarayre (saison 3). « Je pense à Stéphanie Le Quellec ou Naoëlle d’Hainaut. On reçoit des attaques sur le physique, des menaces. Alors pour une femme, c’est forcément un frein. » « Quand on regarde “Top chef” à la télé, on ne voit pas beaucoup de filles parmi les candidats« , analyse Camille, gagnante d’ « Objectif Top chef« , en jeu en ce moment dans « Top chef ». « Du coup, ça ne donne pas forcément envie aux filles de s’y inscrire. »

« Les femmes de cette saison possèdent une volonté que l’on ne retrouve pas chez les hommes« , souligne pourtant la production. « Elles ont encore plus de choses à prouver. Elles disent souvent qu’elles veulent voir une fille gagner cette année. Jamais un garçon ne dira : “Je veux gagner pour montrer à tous qu’un mec peut être bon cuisinier”… »

Des clichés à la dent dure

Pour voir davantage de femmes dans les prochaines saisons de « Top chef », il faudrait sans doute que certains a priori inhérents au milieu de la cuisine changent : « On m’a expliqué que les filles arrivaient en nombre dans les écoles d’hôtellerie mais que, très vite, on les orientait vers le service en salle« , déplore Stéphane Rotenberg. « Par réflexe, sans doute très mauvais, on leur souffle qu’être en cuisine, c’est trop dur pour elles. » « Si une femme veut sortir du lot en cuisine, elle devra se battre un peu plus« , atteste l’ex-candidate Fanny Rey. « On donnera plus vite une place de responsable à un bonhomme car on estimera qu’une nana n’a pas la carrure pour tenir une équipe. »

« A mes débuts, sur une brigade de quatre-vingts cuisiniers, on était deux filles en cuisine« », se souvient Stéphanie Le Quellec, gagnante de la saison 2. « Je me rappelle avoir eu du mal à lever une gamelle un peu lourde. Mes collègues ne m’ont pas aidée, certains m’ont dit : “Tu as voulu faire un métier de mec, alors maintenant tu dois assumer !”… Ce genre de petites piques, j’y ai eu droit ! » Une autre raison, encore plus sournoise, explique le faible nombre de femmes en cuisine : « C’est en train de changer mais, avant, beaucoup de patrons hésitaient à engager des filles en cuisine car, selon eux, elles ne pourraient pas se donner à 100 % compte tenu de leur vie de famille, de leurs enfants« , ajoute Camille.

Un machisme qui fait bondir la chef de brigade Hélène Darroze : « J’ai travaillé six jours par semaine, de 9 heures à 23 heures. Je n’avais pas le choix ! Etre chef et maman, c’est compatible. » « Pour conjuguer le boulot, les enfants, la vie de famille, ce n’est quand même pas évident« , recadre Ghislaine Arabian, ex-jurée de « Top chef » et, à l’époque, seule femme chef doublement étoilée. « Je comprends que beaucoup de cuisinières décident à un moment ou à un autre de lever le pied, de ne pas aller jusqu’au bout. Il faut vraiment avoir un mari compréhensif ! » On dit pourtant que, derrière chaque grand chef étoilé se cache une femme…

Source Michaël Hess Télé Ciné revue

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