« Pablo Escoburger » : les sandwichs de la discorde

« Pablo Escoburger » : les sandwichs de la discorde

« Pablo Escoburger » : les sandwichs de la discorde

« Sur Facebook, vous pouvez voir la différence entre ceux qui ont goûté nos délicieux burgers et les Colombiens qui n’aiment pas le nom. »

 

« Pablo Escoburger » : les sandwichs de la discorde

© Munchies

En avril dernier, un restaurant de Queenstown en Nouvelle-Zélande avait très discrètement ajouté un nouveau burger à son menu. Une combinaison bien bordélique de chili, de tortillas, de guacamole, de fromage et de salsa. « On vous présente le Pablo Escoburger », écrivait le World Bar sur Facebook. « Il ne peut y avoir qu’un seul roi. »

Quelques mois plus tôt, Ze Pickle, un restau australien, proposait son propre Pablo Escoburger, avec également du guac’, des chips de maïs, du queso et des jalapenos. Aucun des deux burgers n’avait fait la une des journaux. Aujourd’hui, le World Bar ne sert même plus son Escoburger et celui de Ze Pickle a été rebaptisé « The Pablo ».

Il est arrivé une tout autre histoire au Pablo’s Escoburgers (Les Escoburgers de Pablo) restau pop-up de Melbourne qui a commencé à servir un double cheeseburger appelé The Patron, surmonté d’une jolie ligne de poudre blanche (de la poudre d’ail) et accompagné d’un faux billet de 100 dollars roulé. Contrairement aux précédents Escoburgers, celui-ci a retenu l’attention de pas mal de monde.

Il y a encore des gens qui ont l’idée de donner à quelques grammes de viande hachée le nom d’un narco-trafiquant accessoirement à l’origine du kidnapping et de la mort de pas mal d’innocents.

Aujourd’hui, il y a encore des gens qui ont l’idée de donner à quelques grammes de viande hachée le nom d’un narco-trafiquant accessoirement à l’origine du kidnapping et de la mort de pas mal d’innocents. Après, on est en 2019, une année où Netflix a déjà dû rappeler aux spectateurs que ce n’était pas super sain de ne garder uniquement de Conversations avec un tueur : Ted Bundy Tapes le fait que Bundy était juste trop sexy.

« Pablo Escoburgers, c’est le nom du restau de burger à côté de chez moi. Les séries et les films qui le dépeignent comme une sorte de Robin des bois ont oblitéré le fait qu’il a tué des milliers de personnes et terrorisé tous les gens qui vivaient en Colombie durant les années 1980 », a twitté sPam Rucinque.

Sur la page Facebook de Pablo’s Escoburgers, les commentaires sont, sans surprise, mitigés. Il y a celui ou celle qui écrit « #changethename » (#changezlenom) dans chaque post, d’autres qui se taguent en mode « allons-y ». Et puis il y a une Colombienne qui raconte que sa mère a presque été tuée par un attentat à la voiture piégée lié à Escobar.

« Nous ne tolérons ni n’idolâtrons Pablo Emilio Escobar ou ses actions. Mais nous sommes Australiens et nous savons rire d’un bon jeu de mots. »

« Pablo Escoburger » : les sandwichs de la discorde

Dans son livre News of a Kidnapping – qui détaille plusieurs enlèvements notoires perpétrés par le propre cartel d’Escobar, celui de Medellin – Gabriel García Márquez tente de définir l’aura du narco-trafiquant : « À l’apogée de sa splendeur, les gens montaient des autels à son image et allumaient des bougies dans les bidonvilles de Medellín. On croyait qu’il pouvait faire des miracles », écrit-il.

« Aucun Colombien de l’histoire n’a jamais possédé ni exercé un talent comme le sien pour façonner l’opinion publique. Et personne n’avait plus grand pouvoir de corruption. L’aspect le plus inquiétant et le plus dangereux de sa personnalité était son incapacité totale à faire la distinction entre le bien et le mal. »

La corruption et le mal ne sont pas des mots que l’on voudrait associer à ses burgers mais Vaughan Marks, le propriétaire de Pablo’s Escoburgers, ne veut pas céder. « Nous sommes très fiers de nos burgers. Nous comprenons également que Pablo Escobar était un homme horrible qui a détruit la vie de milliers de Colombiens », a-t-il expliqué sur Facebook. « Nous ne tolérons ni n’idolâtrons Pablo Emilio Escobar ou ses actions. Mais nous sommes Australiens et nous savons rire d’un bon jeu de mots. »

Sur sa propre page Facebook, Marks a encouragé les clients qui auraient sniffé une ligne de poudre d’ail à laisser des bonnes critiques. « Salut les copains, On a ouvert un restau de burger et on l’a appelé naturellement Pablo’s Escoburgers, depuis on a reçu beaucoup de haine de la part de la communauté colombienne, paix à leurs âmes. Si vous pouvez prendre deux minutes pour lâcher un com’ et inverser le truc de deux étoiles qu’on a maintenant ça serait génial. Merci pour l’amour. On peut clairement voir la différence entre les gens qui ont goûté nos délicieux burgers et les Colombiens qui n’aiment pas le nom. Merci. »

Rien n’explique pourquoi Marks reconnaît qu’Escobar a « détruit la vie de milliers de Colombiens » mais pas les sentiments des Colombiens dont la vie a pu être impactée par le narco-trafiquant. MUNCHIES a sollicité son avis mais n’a pas encore reçu de réponse.

Peut-être que, comme le suggère un internaute, on est face à un « énième exemple de hipsters essayant d’attirer l’attention autrement qu’avec de la bouffe parce qu’elle n’a rien de spéciale ». Ce qui est probablement encore plus impardonnable.

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